Pharmacopée
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P
Par Philippe Sionneau
Académie Supérieure de Médecine Chinoise
Lorsqu’on étudie l’histoire de la médecine chinoise, on s’aperçoit qu’elle n’est pas homogène. A l’inverse, elle est constituée de divers courants de pensée qui abordent différemment l’humain, ses pathologies et la manière de les traiter. Par exemple, le Hàn Shū 汉书 (Le livre des Han) qui fut écrit sous la dynastie Han (206 av. jc. – 220 ap. jc.) et qui retrace l’histoire de cette époque décrit clairement la classification des ouvrages de médecine chinoise en deux catégories : ceux de l’école du Yì Jīng (Yì Jīng Pài 易经派) et ceux de l’école des prescriptions classiques (Jīng Fāng Pài 经方派). Et bien entendu, chaque grand courant se subdivise aussi en sous-courants. Certains experts vont jusqu’à dire par exemple, que l’école des prescriptions classiques intègre une vingtaine de styles différents. Depuis plusieurs années, je me suis consacré à l’étude de l’un d’entre eux. Les deux derniers représentants de cette lignée se nomment Hú Xī Shù (胡希恕) et Féng Shì Lún (冯世纶). Le premier est décédé il y a plus d’une trentaine d’année, le dernier est mon professeur.
L’école des prescriptions classiques (Jīng Fāng Pài 经方派) se fonde essentiellement sur le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng神农本草经 (La matière médicale de Shen Nong), le Tāng Yè Jīng Fǎ 汤液经法 (La méthode du classique des décoctions) et surtout l’œuvre de Zhāng Zhòng Jǐng 张仲景, c’est-à-dire le Shāng Hán Lùn 伤寒论 (Traité des lésions du froid) et le Jīn Guì Yào Luè 金匮要略 (Précis du coffre d’or). Le fondement du diagnostic et de la thérapeutique s’articule essentiellement sur les huit principes (bā gāng 八纲), les 6 systèmes (liù jīng 六经) et Les syndromes-prescriptions (fāng zhèng 方证). Chaque prescription dans l’œuvre de Zhāng Zhòng Jǐng correspond à un syndrome particulier. 1 prescription = 1 syndrome. C’est pourquoi on nomme cette entité fāng zhèng 方证 : « syndrome-prescription » ou encore « syndrome de la prescription ». Ainsi, on parle du syndrome Guì Zhī Tāng 桂枝汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi Cassiae), du syndrome Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡汤 (Petite décoction de Radix Bupleuri), du syndrome Sì Nì Tāng 四逆汤 (Décoction des quatre inversions), etc.
Pour ceux qui aimeraient connaître les théories de base de cette approche, je vous suggère de lire les 3 articles suivants (dans l’ordre) : 
L’article qui suit est la traduction et le commentaire de plusieurs cas cliniques du Docteur Féng Shì Lún (冯世纶) issu de son ouvrage : « Conseils et instructions à partir des cas cliniques de prescriptions classiques de Féng Shì Lún (冯世纶经方带教医案) », publié aux Editions médicales de l’armée du peuple (人民军医出版社), paru en 2012. Cet article a été écrit avec le consentement du professeur Féng Shì Lún (冯世纶) et il a pour but de démontrer la simplicité, l’efficacité et la beauté de cette approche médicale. Le texte principal a été traduit par Elisabeth Guenin, praticienne de médecine chinoise qui a étudié ce style avec moi et qui fut également étudiante de Féng Shì Lún (冯世纶) en France et en Chine. J’ai supervisé la traduction et ajouté quelques notes et commentaires pour faciliter la compréhension des cas cliniques. Nous mettons entre crochets [] les mots qui ne sont pas dans le texte chinois mais qui peuvent aider à une meilleure compréhension en français. Nous présentons trois cas autour de la célèbre prescription Dà Qīng Lóng Tāng 大青龙汤 (Grande décoction du dragon bleu).
Syndrome-prescription de Dà Qīng Lóng Jiā Cāng Zhú Yì Yǐ Bài Jiàng Cǎo Jié Gěng Tāng [1] 大青龙加苍术薏苡败酱草桔梗汤 (Grande décoction du dragon bleu plus Rhizoma Atractylodis, Semen Coicis Lachryma-jobi, Herba Cum Radice Patriniae et Radix Platycodi Grandiflori).Monsieur Qi, 4 ans, date de la consultation initiale : 8 juin 2006
Depuis 5 jours, il n’arrive pas à s’endormir le soir. Sa grand-mère considère que c’est à cause de sa maman, absente pour un voyage d’affaires, qui lui manque. L’enfant refuse catégoriquement d’être examiné, et on ne peut pas bien l’interroger non plus. Il a le nez congestionné et la bouche sèche, en dehors de cela il n’y a pas d’autres symptômes. En questionnant la grand-mère en détail, [on apprend que] chaque soir au moment où il s’endort il transpire abondamment de la tête. L’enduit de la langue est blanc et gras à la racine, le pouls est flottant (fú 浮) au pouce (cùn 寸).
Selon la différenciation des 6 systèmes, c’est une maladie combinée tài yáng – yáng míng – tài yīn [3], et elle correspond à un syndrome Dà Qīng Lóng Jiā Cāng Zhú Yì Yǐ Bài Jiàng Cǎo Jié Gěng Tāng 大青龙加苍术薏苡败酱草桔梗汤.
[Composition :] Má Huáng 麻黄 (Herba Ephedrae) 6g, Guì Zhī 桂枝 (Ramulus Cinnamomi Cassiae) 6g, Xìng Rén 杏仁 (Semen Pruni Armeniacae) 6g, Zhì Gān Cǎo 炙甘草 (Radix Glycyrrhizae Praeparata) 6g, Jié Gěng 桔梗 (Radix Platycodi Grandiflori) 6g, shēng (生) Yì Yǐ Rén 薏苡仁 (Semen Coicis Lachryma-jobi) 10g, Bài Jiàng Cǎo 败酱草 (Herba Cum Radice Patriniae) 10g, Cāng Zhú 苍术 (Rhizoma Atractylodis) 10g, shēng (生) Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) 30g, Shēng Jiāng 生姜 (Rhizoma Zingiberis) 12g, Dà Zǎo 大枣 (Fructus Zizyphi Jujubae) 3 fruits.
Résultat : après 1 dose, le nez s’est débouché, la durée du sommeil a été normale, il n’y a plus eu de transpiration nocturne.
Ici, il y a un pervers externe et une chaleur interne qui monte et qui trouble la clarté de l’esprit (shén míng 神明). C’est pourquoi l’enfant ne peut pas dormir. Comme le [qì] pervers [en surface] n’a pas été complètement vaincu (i.e. éliminé), cela se présente comme une maladie combinée tài yáng – yáng míng – tài yīn. Durant le sommeil, le qì régulier du corps est vigoureux, il est capable de repousser le [qì] pervers et de l’expulser vers l’extérieur, c’est pourquoi on observe alors une transpiration nocturne. [Cependant lorsque] la transpiration sort, [elle provoque] un vide de la surface, ce qui permet au qì pervers de l’envahir à nouveau. C’est pourquoi cette maladie combinée tài yáng – yáng míng – tài yīn n’a pas été éliminée pendant plusieurs jours. En prenant Dà Qīng Lóng Jiā Cāng Zhú Yì Yǐ Bài Jiàng Cǎo Jié Gěng Tāng :
[Une fois que] le pervers est expulsé tout est calme, c’est pourquoi le sommeil reprend sa durée habituelle et la transpiration nocturne s’arrête.
[1] Dans l’œuvre de Zhāng Zhòng Jǐng, assez souvent le nom des prescriptions contient le nom des principales substances médicinales comme par exemple Líng Guì Zhú Gān Tāng 苓桂术甘汤 (Décoction de Sclerotium Poriae Cocos, Ramulus Cinnamomi Cassiae, Rhizoma Atractylodis Macrocephalae et Radix Glycyrrhizae), Guì Zhī Gān Cǎo Lóng Gǔ Mǔ Lì Tāng 桂枝甘草龙骨牡蛎汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi, Radix Glycyrrhizae, Os Draconis et Concha Ostreae), Gě Gēn Qín Lián Tāng 葛根芩连汤 (Décoction de Radix Puerariae, de Radix Scutellariae Baicalensis et de Rhizoma Coptidis Chinensis), etc. Cela fait des noms à rallonge, certes. L’avantage est que nous savons quelle est la composition du remède au premier coup d’œil. Ensuite Zhāng Zhòng Jǐng a tendance à ajouter dans le titre des formules, le nom des plantes qu’il ajoute à une prescription initiale. Par exemple, s’il ajoute Gé Gēn 葛根 (Radix Puerariae) à Guì Zhī Tāng 桂枝汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi Cassiae), cette dernière devient Guì Zhī Jiā Gě Gēn Tāng 桂枝加葛根汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi Cassiae plus Radix Puerariae). Féng Shì Lún (冯世纶) reste fidèle au style de Zhāng Zhòng Jǐng lorsqu’il modifie la composition d’une prescription. La formule qui est évoquée ici n’est rien d’autre que Dà Qīng Lóng Tāng 大青龙汤 (Grande décoction du dragon bleu) à laquelle on ajoute 4 substances médicinales qui sont Cāng Zhú 苍术 (Rhizoma Atractylodis), Yì Yǐ Rén 薏苡仁 (Semen Coicis Lachryma-jobi), Bài Jiàng Cǎo 败酱草 (Herba Cum Radice Patriniae) et Jié Gěng 桔梗 (Radix Platycodi Grandiflori).
[2] Gǎn mào 感冒 est le nom d’une maladie issue de la médecine chinoise et qui recouvre les rhumes, refroidissements, syndromes grippaux, maladies respiratoires de l’hiver, etc.
[3] Dans cette approche médicale, la première chose que l’on fait est de récolter les plaintes, symptômes et signes du patient. Ensuite, à travers la logique des huit principes (bā gāng 八纲), on détermine, à la lumière de l’enseignement du Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) et du Jīn Guì Yào Luè (Précis du coffre d’or), quel est ou quels sont les systèmes impliqués dans la pathologie. Je rappelle que les 6 systèmes sont tài yáng, yáng míng, shào yáng, shào yīn, tài yīn, jué yīn. Enfin, lorsque le diagnostic des systèmes est posé, on choisit parmi les prescriptions de Zhāng Zhòng Jǐng celle qui se rapproche le plus de la situation pathologique du patient et on ajoute ou exclut des substances médicinales, si c’est nécessaire, pour être le plus près possible des besoins thérapeutiques du malade.

On peut d’ores et déjà souligner que la pharmacologie chinoise peut être aisément utilisée chez les enfants en bas âge. Bien prescrites, les substances médicinales chinoises pourraient éviter à des dizaines de milliers d’enfants de prendre des antibiotiques et de la cortisone prescrits aujourd’hui dès la moindre infection. Or, l’usage répété de ces médicaments chimiques favorise des effets secondaires, des lésions organiques (cortisone) et une résistance aux antibiotiques. Si la prescription irrationnelle et abusive de ces drogues est néfaste pour nos enfants, l’usage des plantes chinoises est sûr, sain et favorable à la santé.
Une bonne compréhension de l’œuvre de Zhāng Zhòng Jǐng peut permettre de faire un diagnostic avec très peu de symptômes. Ici nous n’avons que : insomnie, nez congestionné, bouche sèche, transpiration nocturne. Sur ce constat, Féng Shì Lún (冯世纶) a diagnostiqué par moins de trois systèmes : tài yáng, yáng míng et tài yīn ! Expliquons un peu. Le plus souvent (et pas exclusivement) la transpiration nocturne est induite par une chaleur interne associée à une déficience de la surface. La chaleur interne est confirmée par l’insomnie qui est souvent yáng míng et la bouche sèche. Ces deux symptômes ensemble rend très probable la nature yáng míng du déséquilibre. On peut voir que le tài yáng est impliqué car le nez est congestionné depuis peu. Un nez congestionné provient souvent d’une maladie combinée tài yáng – tài yīn. Tout le monde qui est grippé, enrhumé, peut aisément comprendre que le tài yáng est très souvent la cause d’un nez bouché. Mais pourquoi tài yīn ? Dans l’approche de l’école des prescriptions classiques (Jīng Fāng Pài 经方派), tout ce qui a trait aux mucosités est associé au tài yīn. Quand le tài yīn est malade, des dérèglements des liquides peuvent facilement induire des mucosités. Chez un enfant, un nez bouché avec le nez plein est fréquent. C’est presque toujours à cause d’une maladie combinée tài yáng/tài yīn.
La grand-mère de l’enfant souffre de la même tendance que beaucoup d’occidentaux, de médecins et de praticiens de médecine chinoise. Dès que l’on ne comprend pas la pathologie d’une personne, on accuse les émotions, le « stress » d’en être la cause. Ici, bien que la plainte principale soit un trouble du sommeil, la cause est l’agitation de l’esprit à cause d’une chaleur perverse interne.
La prescription de base que choisit Féng Shì Lún (冯世纶) est Dà Qīng Lóng Tāng 大青龙汤 (Grande décoction du dragon bleu). La composition originale est : Má Huáng 麻黄 (Herba Ephedrae) 18g, Guì Zhī 桂枝 (Ramulus Cinnamomi Cassiae) 6g, Zhì Gān Cǎo 炙甘草 (Radix Glycyrrhizae Praeparata) 6g, Xìng Rén 杏仁 (Semen Pruni Armeniacae) 40g amandes/7g (sans la peau et la pointe), Shēng Jiāng 生姜 (Rhizoma Zingiberis) 9g, Dà Zǎo 大枣 (Fructus Zizyphi Jujubae) 10 fruits, Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) comme un gros œuf de poule concassé/48g. Elle est fréquemment utilisé pour traiter une maladie combinée tài yáng/yáng míng provoquant gǎn mào 感冒, rhinite, sinusite, etc. Il adapte la posologie à l’enfant et ajoute Cāng Zhú 苍术 (Rhizoma Atractylodis) et Jié Gěng 桔梗 (Radix Platycodi Grandiflori) pour traiter davantage le tài yīn et dissoudre plus efficacement les mucosités ; ajoute Yì Yǐ Rén 薏苡仁 (Semen Coicis Lachryma-jobi) et Bài Jiàng Cǎo 败酱草 (Herba Cum Radice Patriniae) pour clarifier davantage la chaleur du yáng míng. Féng Shì Lún (冯世纶) utilise souvent Yì Yǐ Rén 薏苡仁 (Semen Coicis Lachryma-jobi) dès qu’il y a une chaleur interne et une maladie du tài yīn concomitante. Il aime également utiliser Bài Jiàng Cǎo 败酱草 (Herba Cum Radice Patriniae) en cas de chaleur du yáng míng qui affecte nez ou sinus.
On peut constater que Féng Shì Lún (冯世纶) arrive à faire dormir un enfant grâce à l’usage notamment de Má Huáng 麻黄 (Herba Ephedrae) qui est considéré comme un euphorisant, un excitant, un dopant. Comme quoi, la vision mécaniste et biochimique du monde a ses limites. Selon la philosophie de Zhāng Zhòng Jǐng, si le remède est adapté au déséquilibre, la pathologie s’éteint rapidement, quelle que soit l’idée préconçue que nos esprits endoctrinés ont sur les maladies ou les substances médicinales.
Les connaisseurs pourraient s’émouvoir de l’utilisation de Má Huáng 麻黄 (Herba Ephedrae) alors que la surface semble vide, favorisant ainsi la transpiration. Nous sommes en fait dans la même situation que le syndrome Yuè Bì Tāng 越婢汤 (Décoction de la servante de Yue). La transpiration ici est induite plus par la chaleur interne que par le vide de la surface. C’est pourquoi, on retrouve ici la présence de Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) qui clarifie le yáng míng et également qui réduit l’effet sudorifique de Má Huáng 麻黄 (Herba Ephedrae). En outre, Féng Shì Lún (冯世纶) utilise ajoute dans la formule Cāng Zhú 苍术 (Rhizoma Atractylodis) qui lui aussi limite l’effet sudorifique de Má Huáng 麻黄 (Herba Ephedrae). Ainsi, ce dernier libère la surface, libère le nez sans faire transpirer. Et à l’inverse Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) aidé par Yì Yǐ Rén 薏苡仁 (Semen Coicis Lachryma-jobi) et Bài Jiàng Cǎo 败酱草 (Herba Cum Radice Patriniae) clarifient suffisamment la chaleur interne pour arrêter la transpiration nocturne.
Pourquoi alors ne pas utiliser directement une variante de Guì Zhī Tāng 桂枝汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi Cassiae) qui lui est plus indiqué en cas de transpiration ? Tout d’abord parce qu’en cas de nez bouché qui est ici l’une des causes de l’insomnie, on a besoin d’un remède plus puissant que Guì Zhī 桂枝 (Ramulus Cinnamomi Cassiae) pour ouvrir les orifices. Má Huáng 麻黄 (Herba Ephedrae) est indispensable dans cette fonction. Enfin, il n’existe pas de prescription classique qui serait une variante de Guì Zhī Tāng 桂枝汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi Cassiae) plus Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum). Donc Dà Qīng Lóng Tāng 大青龙汤 (Grande décoction du dragon bleu) est le remède le plus adapté et il est modifié de manière à atténuer l’effet sudorifique de Má Huáng 麻黄 (Herba Ephedrae) comme nous le disons plus haut.
Cas clinique n°2Monsieur Li, 32 ans, date de la consultation initiale : 30 mars 2011
Le patient souffre d’une rhinite avec mucus fluide et transparent et des éternuements qui s’aggravent le matin et le soir, le nez n’est pas bouché, les yeux démangent et larmoient. A l’origine, il a une hernie discale lombaire, la région lombaire est douloureuse et ne supporte pas le froid, le patient n’ose pas soulever quoi que ce soit de lourd. Auparavant, la douleur lombaire irradiait aussi dans les deux jambes, maintenant, elle n’irradie plus. Les pieds sont froids, il y a transpiration nocturne ; la bouche est neutre [1], la prise de nourriture normale [2], urines normales, selles deux fois par jour, formées. La langue est pâle et humide avec un enduit blanc. Le pouls est en corde (xián 弦) et légèrement serré (jǐn 紧).
En analysant le patient selon les 6 systèmes, [on voit que] cela relève d’une maladie combinée tài yáng – yáng míng – tài yīn avec mucosités. [Concernant] la différenciation des syndromes-prescriptions, c’est le syndrome de la formule Dà Qīng Lóng Jiā Cāng Zhú Yì Yǐ Bài Jiàng Cǎo Jié Gěng Tāng 大青龙加苍术薏苡败酱草桔梗汤.
Prescription : Má Huáng 麻黄 (Herba Ephedrae) 10g, Guì Zhī 桂枝 (Ramulus Cinnamomi Cassiae) 10g, Xìng Rén 杏仁 (Semen Pruni Armeniacae) 10g, Zhì Gān Cǎo 炙甘草 (Radix Glycyrrhizae Praeparata) 6g, Cāng Zhú 苍术 (Rhizoma Atractylodis) 15g, shēng (生) Yì Yǐ Rén 薏苡仁 (Semen Coicis Lachryma-jobi) 18g, Bài Jiàng Cǎo 败酱草 (Herba Cum Radice Patriniae) 18g, Jié Gěng 桔梗 (Radix Platycodi Grandiflori) 10g, shēng (生) Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) 45g, Shēng Jiāng 生姜 (Rhizoma Zingiberis) 15g, Dà Zǎo 大枣 (Fructus Zizyphi Jujubae) 4 fruits. 7 doses. Décoction dans l’eau, Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) est décocté avec les autres, 1 dose par jour.
Résultat : après avoir pris les sept doses, le patient est parti en voyage d’affaires, et revenu en consultation un mois après. Il avait remarqué que les éternuements s’espaçaient après chaque prise de plantes, l’écoulement nasal transparent était aussi moindre, les lombaires ne faisaient plus mal, les pieds n’étaient plus froids, la transpiration nocturne avait cessé.
Le patient a un écoulement nasal transparent et des éternuements, ce sont des symptômes de surface tài yáng. Les démangeaisons et larmoiements des yeux, la douleur lombaire, les pieds froids, la langue pâle et humide avec enduit blanc, le pouls en corde (xián 弦) et légèrement serré (jǐn 紧), c’est parce qu’il y a de l’humidité et de la rétention de mucosités à la surface. La transpiration nocturne est induite par une maladie combinée tài yáng – yáng míng. La chaleur pousse les liquides (jīn yè 津液) à sortir. La bouche est normale [1], l’appétit aussi, cela exclut une chaleur plénitude du shào yáng, et de plus il y a simultanément une rétention de mucosités : donc le syndrome du patient est tài yáng – yáng míng – tài yīn avec mucosités.
En donnant Dà Qīng Lóng Jiā Cāng Zhú Yì Yǐ Bài Jiàng Cǎo Jié Gěng Tāng, on va libérer le syndrome de la surface tài yáng, clarifier la chaleur interne du yáng míng. Conjointement, [il faut aussi] éliminer l’humidité (shǔi shī 水湿) qui est en surface. Il convient d’utiliser [en plus] Yì Yǐ Fù Zǐ Bài Jiàng Sǎn 薏苡附子败酱散 (Poudre de Semen Coicis Lachryma-jobi, de Radix Lateralis Praeparatus Aconiti Carmichaeli et de Herba Cum Radice Patriniae) [qui] « clarifie la chaleur, expulse le pus, dissipe la tuméfaction (le nez qui coule avec un mucus trouble) ». En remplaçant [Fù Zǐ 附子] par Cāng Zhú 苍术 (Rhizoma Atractylodis) qui tiédit le centre et dissout les mucosités afin de traiter le tài yīn.
Ce cas et le précédent présentent tous deux de la transpiration nocturne. Il est parlé de transpiration nocturne dans les paragraphes 134 et 201 du Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid). Le Jīn Guì Yào Luè (Précis du coffre d’or) discute aussi de cela dans [le chapitre] « maladies de vide-épuisement » :« Si un homme normal a un pouls vide (xū 虚), faible (ruò 弱), fin (xì 细) ou ténu (wēi 微), cela va naturellement de pair avec de la transpiration nocturne ». C’est aussi discuté dans [le chapitre du] Jīn Guì Yào Luè sur les « maladies du qì de l’eau », où l’on explique que : « s’il y a de la transpiration après les repas et le corps habituellement transpire le soir (transpiration nocturne), c’est un épuisement du qì ».
Comme le Dr Féng l’indique, la transpiration nocturne provient du fait que le qì pervers et le qì régulier se combattent. L’une des manifestations de l’expulsion du pervers [par le qì régulier], lors d’un gǎn mào 感冒, c’est la transpiration nocturne, et cela prouve que la personne est proche de la guérison. Après un gǎn mào 感冒, que les systèmes aient été traités ou non, s’il y a eu beaucoup de transpiration mais que la maladie n’est pas résolue, alors les liquides sont lésés et la surface en vide de qì, [et le corps] n’a momentanément plus la force de produire à nouveau de la transpiration pour guider le pervers vers l’extérieur.
Durant la nuit, les fonctions du corps sont restaurées, le qì régulier est stimulé (réparé). A ce moment-là, il peut fournir un gros effort pour éliminer le pervers ce qui amène la transpiration à sortir. [A cause de] cette transpiration, les liquides deviennent insuffisants. [Dans cette situation] souvent le qì pervers s’amasse à nouveau et ainsi la chaleur ne diminue pas. Au contraire, en parallèle, la chaleur [interne] augmente graduellement, les liquides comprimés en surface débordent, ce qui cause donc aussi de la transpiration.
Le paragraphe 201 du Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) dit : « [Dans] une maladie du yáng míng, [quand] le pouls est flottant (fú 浮) et serré (jǐn 紧), certainement [il y a] une fièvre cyclique par moment, mais s’il n’est que flottant (fú 浮), certainement [il y a] une transpiration nocturne ». 阳明病,脉浮而紧者,必潮热发作有时;但浮者,必盗汗出。 Le professeur Hú Xī Shù (胡希恕) en expliquant ce paragraphe a souligné que : « Le pouls est flottant (fú 浮) mais pas serré, la maladie est restée à la surface et la quantité de liquides a diminué, alors la chaleur interne a encore gagné en force et pousse les liquides vers l’extérieur, ce qui provoque la transpiration nocturne. Lorsqu’il se manifeste une transpiration nocturne, ce n’est pas forcément signe d’un vide de yīn. En clinique, [dans cette situation] il n’est pas possible d’utiliser automatiquement des plantes comme Huáng Qí 黄芪 (Radix Astragali Membranacei) quand on voit une transpiration nocturne, mais on peut considérer que Xiǎo Chái Hú Jiā Shí Gāo Tāng 小柴胡加石膏汤 (Petite décoction de Radix Bupleuri plus Gypsum Fibrosum) qui clarifie la chaleur interne et peut arrêter cette transpiration nocturne », (胡希恕讲伤寒杂病论 – Explications du Traité des lésions du froid et des maladies diverses par Hú Xī Shù).
Selon l’expérience du Dr Féng, les transpirations nocturnes relèvent souvent des maladies des 3 yáng, en particulier de la maladie combinée tài yáng – yáng míng. Le traitement doit être principalement dirigé vers l’expulsion du qì pervers. On ne peut pas faire un usage aveugle des substances médicinales qui nourrissent le yīn ou tonifient le qì, car alors le pervers va être retenu et provoquer une obstruction.
De plus, comme les patients ne consultent pas pour des transpirations nocturnes, la majorité des médecins ne prend pas la peine d’interroger spécifiquement s’il y a ou non de la transpiration le soir. Comme le Dr Féng vient de le montrer, dans presque tous les cas les patients ont besoin qu’on les interroge [sur ce point]. Il suffit qu’ils répondent « je transpire un peu », ou « je transpire parfois quand je vais me coucher », pour que l’on puisse noter [dans les symptômes] « transpiration nocturne » et appliquer la méthode appropriée pour chasser le pervers.
[1] La bouche est neutre signifie qu’elle ne souffre d’aucune modification pathologique comme sècheresse, amertume, goût douceâtre, hyper salivation, etc. L’état de la bouche fait partie des questions importantes pour faire un diagnostic dans le style des prescriptions classiques (jīng fāng 经方) ; Féng Shì Lún (冯世纶) pose systématiquement des questions autour de la soif et de l’état de la bouche.
[2] L’appétit est normal.
Il est dit dans l’article que l’écoulement nasal transparent est un symptôme de surface tài yáng. C’est juste. Pour être plus précis, la rhinorrhée relève ici du tài yáng et de la tài yīn, selon le principe que lorsqu’il y a une transformation pathogène des liquides, le tài yīn est impliqué.
Il est dit dans l’article que les démangeaisons sont intégrées dans le groupe de symptômes qui sont liée à de l’humidité. Féng Shì Lún (冯世纶) habituellement considère que le prurit est un symptôme de la surface tài yáng voire shào yīn.
Dans ce cas cliniques, le prurit oculaire, les éternuements, le pouls serré (jǐn 紧) désignent le tài yáng.
La rhinorrhée, les yeux qui larmoient, la douleur lombaire, les pieds froids, la langue est pâle et humide, le pouls en corde (xián 弦) désignent le tài yīn.
La transpiration nocturne désigne le yáng míng.
Les douleurs articulaires en général relèvent plutôt d’une maladie de la surface. Cependant, quand seul la région lombaire est douloureuse, froide et/ou lourde, on l’attribut à une accumulation mucosités qui est en rapport avec une maladie du tài yīn. Le pouls en corde (xián 弦) est traditionnellement associé à une douleur et aussi à une présence de mucosités, comme c’est le cas chez ce monsieur. C’est donc cohérent.
Hú Xī Shù (胡希恕) et Féng Shì Lún (冯世纶) nous expliquent que la transpiration nocturne est très souvent le fait d’une maladie combinée tài yáng/yáng míng. Quand un pervers attaque la surface, naturellement le corps sous l’impulsion du qì régulier favorise une transpiration pour transporter le pervers hors du corps. Parfois par faiblesse du qì régulier, le corps ne parvient pas à induire une transpiration suffisante. Il en découle une perte de liquides qui n’aide pas l’organisme à se débarrasser du pervers et un vide de la surface. En parallèle de tout cela, le pervers peut être amené à entrer dans l’interne. Cela provoque obligatoirement une maladie du yáng míng qui se caractérise par de la chaleur interne. Ou bien la lésion des liquides induite par les transpirations inefficaces peut induire une chaleur interne, par déséquilibre yīn yáng. Dans les deux cas, en plus d’un pervers à la surface, nous avons une chaleur interne. La nuit, à la faveur de la restauration du qì régulier, de la chaleur interne et du vide de la surface, les liquides sont poussés par la chaleur vers une surface vide qui ne peut retenir les liquides. Pour Hú Xī Shù (胡希恕) et Féng Shì Lún (冯世纶) dans cette situation, l’utilisation de substances médicinales qui tonifient du qì ou du yīn est peu efficace. Il faut clarifier la chaleur interne, régénérer les liquides et selon le cas, libérer la surface (si le pervers est en surface) ou harmoniser le shào yáng si le pervers est dans le mi-externe, mi-interne yáng.
Dans le cas présent, il faut libérer la surface et clarifier la chaleur interne et en parallèle dissoudre les mucosités c’est-à-dire traiter le tài yīn. C’est la raison pour laquelle, Féng Shì Lún (冯世纶) utilise Dà Qīng Lóng Jiā Cāng Zhú Yì Yǐ Bài Jiàng Cǎo Jié Gěng Tāng 大青龙加苍术薏苡败酱草桔梗汤 avec un grand succès puisqu’en plus de traiter ce qui ressemblait à une allergie : prurit oculaire, éternuements…, il a réussi à soigner la douleur lombaire, les pieds froids et la transpiration nocturne, preuve que le pervers de la surface et de l’interne ont été bien éliminé.
Syndrome-prescription de Dà Qīng Lóng Jiā Bái Zhú Yì Yǐ Bài Jiàng Cǎo Jié Gěng Tāng [1] 大青龙加白术薏苡败酱草桔梗汤 (Grande décoction du dragon bleu plus Rhizoma Atractylodis Macrocephalae, Semen Coicis Lachryma-jobi, Herba Cum Radice Patriniae et Radix Platycodi Grandiflori).Monsieur Xu, 5 ans, date de la consultation initiale : 21 mars 2011
Le patient se plaint de fièvre (37,5°C) avec nez bouché. La veille il avait mal à la gorge, le jour même il n’y a plus [de douleur] notable. Il tousse, [la gorge] démange quand il avale, il boit peu, il n’y a pas de transpiration, la prise de nourriture est normale. Il n’est pas allé à la selle depuis deux jours. La langue est pâle et humide avec un enduit blanc. Le pouls est en corde (xián 弦) et rapide (shuō 数). Au pouce (cùn) droit, il est ténu (wēi 微) et flottant (fú 浮), à la barrière (guān) à droite il a un peu de force [2].
Selon les 6 systèmes, cela relève d’une maladie combinée tài yáng / yáng míng avec mucosités. [Concernant] la différenciation des syndromes-prescriptions, c’est le syndrome de la formule Dà Qīng Lóng Jiā Bái Zhú Yì Yǐ Bài Jiàng Cǎo Jié Gěng Tāng.
Prescription : Má Huáng 麻黄 (Herba Ephedrae) 18g, Xìng Rén 杏仁 (Semen Pruni Armeniacae) 10g, Zhì Gān Cǎo 炙甘草 (Radix Glycyrrhizae Praeparata) 6g, Guì Zhī 桂枝 (Ramulus Cinnamomi Cassiae) 10g, Jié Gěng 桔梗 (Radix Platycodi Grandiflori) 10g, shēng (生) Yì Yǐ Rén 薏苡仁 (Semen Coicis Lachryma-jobi) 18g, Bài Jiàng Cǎo 败酱草 (Herba Cum Radice Patriniae) 18g, shēng (生) Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) 45g, shēng (生) Bái Zhú 白术 (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) 18g, Shēng Jiāng 生姜 (Rhizoma Zingiberis) 15g, Dà Zǎo 大枣 (Fructus Zizyphi Jujubae) 4 fruits. 2 doses, à décocter dans l'eau, même décoction pour Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) [3], une dose pour 2 jours [de traitement] [4].
Résultat : après les deux prises, tous les symptômes ont complètement disparu.
Le patient a de la fièvre, le nez bouché, pas de transpiration, la prise de nourriture est normale, le pouls à droite au pouce est flottant (fú 浮), cela indique un syndrome de plénitude de la surface tài yáng. [Il y a] de la fièvre mais peu de prise de boissons, la langue est pâle et humide avec un enduit blanc, le pouls est en corde (xián 弦), c’est qu’il y a des mucosités dans l’interne. [Il y n’a] pas de selles depuis 2 jours, le pouls est rapide (shuō 数), sur la barrière droite il y a un peu de force (en excès), cela indique une chaleur interne du yáng míng. C’est pourquoi le syndrome-prescription de cette maladie combinée tài yáng – yáng míng avec mucosités est Dà Qīng Lóng Jiā Bái Zhú Yì Yǐ Bài Jiàng Cǎo Jié Gěng Tāng, comme analysé précédemment.
En considérant que le patient n’est pas allé à la selle depuis deux jours, mais que la chaleur interne du yáng míng ne s’est pas nouée fortement (l’enduit lingual est blanc, la prise de nourriture est normale), on ajoute shēng (生) Bái Zhú 白术 (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) pour tiédir le centre, engendrer les liquides et débloquer les selles.
[1] Il s’agit de la même prescription que les deux cas cliniques précédents sauf que Cāng Zhú 苍术 (Rhizoma Atractylodis) est remplacé par Bái Zhú 白术 (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) pour la raison expliquée plus haut. Il s’agit de la prescription classique Dà Qīng Lóng Tāng 大青龙汤 (Grande décoction du dragon bleu) plus Bái Zhú 白术 (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae), Yì Yǐ Rén 薏苡仁 (Semen Coicis Lachryma-jobi), Bài Jiàng Cǎo 败酱草 (Herba Cum Radice Patriniae) et Jié Gěng 桔梗 (Radix Platycodi Grandiflori).
[2] Cela veut dire précisément que le pouls est plus fort que la normal (yǒu lì 有力) mais seulement un peu.
[3] Dans la pratique contemporaine de la pharmacologie chinoise, il est indiqué de toujours faire bouillir Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) avant les autres substances médicinales puis ensuite continuer la décoction avec toutes les plantes. Féng Shì Lún (冯世纶) suivant les modes d’emploi décrit dans le Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) et le Jīn Guì Yào Luè (Précis du coffre d’or), ne fait pas bouillir Shí Gāo 石膏 avant mais plutôt en même temps que les autres substances médicinales.
[4] Les posologies peuvent sembler élevées pour un enfant. En fait tout d’abord c’est l’usage des posologies ridiculement basses en Europe qui sont une anomalie et pas le contraire. Ensuite, elles sont utilisés pour 2 jours de traitement et non pas un seul comme pour un adulte.
Commentaires de Philippe Sionneau :
L’article dit que selon les 6 systèmes, le diagnostic est une maladie combinée tài yáng / yáng míng avec mucosités. Le fait qu’il y ait des mucosités implique que le tài yīn fasse partie du mécanisme pathologique. Ceci est confirmé par la présence de Jié Gěng 桔梗 (Radix Platycodi Grandiflori), Bái Zhú 白术 (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae), Shēng Jiāng 生姜 (Rhizoma Zingiberis), Dà Zǎo 大枣 (Fructus Zizyphi Jujubae) et Zhì Gān Cǎo 炙甘草 (Radix Glycyrrhizae Praeparata) qui sont tous des substances médicinales qui traitent la maladie du tài yīn.
La fièvre (37,5°C) avec nez bouché, la toux, la gorge qui démange, l’absence de transpiration dénotent clairement une plénitude de la surface tài yáng. Plus précisément, on appelle cette situation pathologique un tài yáng shāng hán 太阳伤寒. On pourrait s’arrêter là et prescrire Má Huáng Tāng 麻黄汤 (Décoction de Herba Ephedrae) car tous les éléments sont là. Cependant, il souffre de constipation depuis deux jours (inhabituel chez cet enfant), le pouls est rapide (shuō 数), avec un peu d’excès de force sur la barrière droite. Cela prône pour un début de chaleur interne du yáng míng. C’est pourquoi, Féng Shì Lún (冯世纶) diagnostic notamment une maladie combinée tài yáng / yáng míng et qu’il opte pour Dà Qīng Lóng Tāng 大青龙汤 (Grande décoction du dragon bleu) qui n’est rien d’autre que Má Huáng Tāng 麻黄汤 (Décoction de Herba Ephedrae) qui traite le tài yáng shāng hán 太阳伤寒 plus Shí Gāo 石膏 (Gypsum Fibrosum) qui traite la chaleur du yáng míng. Et si on veut être complet, il y a aussi Shēng Jiāng 生姜 (Rhizoma Zingiberis) et Dà Zǎo 大枣 (Fructus Zizyphi Jujubae) qui protègent l’estomac de l’effet trop refroidissant de Shí Gāo 石膏.
En outre, le nez bouché va souvent de pair avec des mucosités chez les enfants. De plus il boit peu, la langue est pâle et humide avec un enduit blanc, le pouls est en en corde (xián 弦). Ce sont des signes de mucosités internes, le tài yīn est impliqué. C’est la raison pour laquelle il ajoute à Dà Qīng Lóng Tāng 大青龙汤 (Grande décoction du dragon bleu) Jié Gěng 桔梗 (Radix Platycodi Grandiflori) et Bái Zhú 白术 (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae). Enfin Yì Yǐ Rén 薏苡仁 (Semen Coicis Lachryma-jobi) et Bài Jiàng Cǎo 败酱草 (Herba Cum Radice Patriniae) clarifient l’interne et empêchent que le pervers s’enfonce davantage dans l’interne. En plus Féng Shì Lún (冯世纶) aime bien utiliser Bài Jiàng Cǎo 败酱草 (Herba Cum Radice Patriniae) en cas de rhinite ou sinusite infectée, avec rhinorrhées jaunes ou vertes.
Pour le signe du haut niveau de compétence du Dr Féng Shì Lún (冯世纶) est l’usage de Bái Zhú 白术 (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae). D’abord, il faut savoir que Zhāng Zhòng Jǐng utilise cette substance médicinale pour traiter la maladie du tài yīn. Et elle a notamment la caractéristique de traiter la constipation en soutenant, en renforçant le centre, l’interne. Elle soigne donc des constipations « yīn » ou plus exactement du tài yīn. Or, dans le cas clinique décrit ici, il y a de la chaleur du yáng míng qui peut tout à fait être à l’origine de la constipation du jeune patient. Cependant comme l’appétit est normal, que la soif est peu importante, que langue est pâle et humide avec un enduit blanc, cela indique que la chaleur interne n’est pas encore très développée. Elle est là mais pas très active. Dans ce cas, en suivant le précepte de Zhāng Zhòng Jǐng qui consiste à préserver l’estomac et l’interne, Féng Shì Lún (冯世纶) va choisir un remède qui traite la constipation en soutenant le centre, Bái Zhú 白术 (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae). Et le résultat fulgurant et sans appel, lui donne raison.
A suivre…
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