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Philippe Sionneau

Médecine chinoise : divers

À propos du ciel antérieur (xian tian 先天) et du ciel postérieur (hou tian 后天) – PARTIE 6 - Synthèse sur Nei Dan

22 min de lecture

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Par Philippe Sionneau

Académie Supérieure de Médecine Chinoise

À propos du ciel antérieur (xian tian 先天) et du ciel postérieur (hou tian 后天) – PARTIE 6 - Synthèse sur Nei Dan

Synthèse sur Nei Dan

Par Robert Hawawini

Nous étions partis d’un article concernant le Ciel antérieur (xiantian) et le Ciel postérieur (houtian) pour dériver sur un ensemble de questions évoquant les benshen, les gui et neidan. Qu’importe, l’essentiel est d’écrire la suite avec cohérence pour comprendre une formulation originale de la pensée taoïste. Elle s’étend au mécanisme de neidan que nous reprendrons.

Dans cet opus 6, nous voudrions aborder une suite de synthèses. Elles démontrent que des formulations rédigées dans divers registres sont des interfaces différentes d’une même réalité. Il s’agit là, d’un principe fondamental de l’organisation chinoise du monde où l’unité du microcosme corporel et du macrocosme universel est incontournable. Nous avons rajouté : le nanocosme fœtal. Il est le seul intervalle de conscience où les trois lumières qui éclairent le monde sont consciemment visibles. « La voie du retour » fait état de la rentrée dans cet intervalle nanocosmique où, comme le dit Zhao Bichen, la respiration ou Souffle embryonnaire (taixi), respiration-sans-respiration du Ciel antérieur (xiantian) uniquement existe. Dès la naissance, nous passons dans la respiration ou Souffle cyclique du Ciel postérieur (houtian). Toutefois, la respiration embryonnaire (taixi) ne disparaît pas. Elle est toujours là, latente, en attente d’être exploitée, cette fois-ci dans le travail alchimique interne (neidan). En effet, dans le monde de la pensée et des émotions où « les sens sont pour la vie extérieure », le temps est rectiligne. Il s’étend du passé vers le futur en passant par le présent. Toutefois, dans le temps de neidan où « les zang sont pour la vie intérieure », seul le présent existe ou, si l’on veut, passé et futur se confondent dans le même présent. On passe alors d’une succession d’intervalles à leur superposition.

Des répétitions sont indispensables pour reprendre tous les processus de transformation à des niveaux différents. Merci aux lecteurs de le comprendre.

1. L’éclairage, le Souffle ou respiration et le temps

En correspondance avec la maturation du centre cérébral de la vision, souvenons-nous que l’éclairage par la lumière solaire demande quelques mois de vie pour se finaliser. Nous constatons qu’à un type de respiration donnée, la lumière qui éclaire le monde, le sien évidemment, n’est pas la même ; forcément, le temps non plus. En fait, nous ne pouvons absolument pas séparer un type de respiration, d’un éclairage spécifique et d’un déroulement du temps : les trois se conditionnent mutuellement.

La respiration embryonnaire (taixi) du Ciel antérieur (xiantian) est non-duelle ; celle cyclique du Ciel postérieur (houtian), dépendante maintenant du yin-yang, est duelle. Leur éclairage est aspécifique. À la respiration du Ciel antérieur (xiantian) correspond l’éclairage de la lumière innée du yuanshen. À la respiration du Ciel postérieur (houtian) correspond les éclairages acquis de la lumière acquise du soleil pour la partie physique et du zangshen pour la partie psychique. Cette dernière a pour outil le symbole. Corolairement, leur perception temporelle diffère. Éclairé par une lumière non-duelle, en fait immobile, nous avançons l’hypothèse que le temps fœtal est plus lent que le temps post-natal. Cette assertion demande plus de commentaires pour être détaillée. Elle excède le cadre de cet article. Quoi qu’il en soit, il y a cohérence entre les trois paramètres de l’éclairage, du Souffle ou de la respiration et du temps.

Cependant, bien qu’éclairé par la lumière innée du yuanshen appartenant au Ciel antérieur (xiantian), le fœtus appartient déjà à l’espace-temps du Ciel postérieur (houtian). Conscient, apparent ou refoulé, enfoui, oublié, l’éclairage inné du yuanshen est toujours présent. Il ne peut pas ne pas l’être car l’immobilité est l’origine du mouvement. Il n’y a pas de mouvement, psychique en l’occurrence, sans immobilité. Il n’y a pas non plus d’intervalle temporel ou intemporel sans éclairage. C’est dire que l’immobilité est lumière innée, conscience du yuanshen, Ciel antérieur (xiantian), vacuité (xu) et dernière étape de neidan : la transformation du shen en xu.

2. La logique du printemps et de l’automne, de l’hiver et de l’été

Nous allons suivre une suite de correspondances écrites dans différents livres et chapitres différents d’un même livre, pour nous rendre compte qu’ils sont strictement analogues. Si nous sommes cohérents avec l’unité de nos mondes intérieurs et extérieurs, il ne peut en être autrement. Ainsi, l’univers extérieur, l’anatomie et la physiologie humaines, la psychologie des Émotions-Sentiments (qingzhi) et les Esprits viscéraux (zangshen) doivent être compris sur le même mode analogique.

Dans l’univers, le mouvement du printemps est ascendant ; celui de l’automne, descendant. En anatomie humaine, le printemps correspond au zang du Foie ; l’automne, au zang du Poumon. En physiologie, la Substance (qi) du Foie est le Sang ; celle du Poumon est l’Énergie (qi). Le mouvement du Sang du Foie est ascendant vers le Cœur, le mouvement du qi du Poumon est descendant vers les Reins. Les correspondances sont conservées : d’un côté : printemps/élévation/Foie/Sang ; de l’autre : automne/abaissement/Poumon/qi.

En psychologie, le qingzhi du Foie est la colère (nu). Avec le Sang, son mouvement est ascendant vers le Cœur comme l’atteste le visage et les yeux rouges du colérique. Le qingzhi du Poumon est la tristesse (you). Avec le qi, son mouvement est descendant vers les Reins comme l’atteste l’abaissement du potentiel psychique, la perte de l’élan vital qui peut confiner jusqu’à l’immobilité. Le zangshen du Foie est le hun. Son mouvement est créateur ; il élève, allège, éclairci la conscience tant sur le plan symbolique qu’anatomique. Dans le Lingshu, 8, le hun du Foie s’associe au shen du Cœur par la relation « aller et venir ». Le zangshen du Poumon est le po. Son mouvement est destructeur ; il abaisse, alourdi, obscurci la conscience tant sur le plan symbolique qu’anatomique. Dans le Lingshu, 8, le po du Poumon s’associe au jing des Reins par la relation « entrer et sortir ». Comme dans le paragraphe précédent, les correspondances sont conservées avec le mouvement universel des saisons ; d’un côté : colère/Sang/hun/ascendance vers le Cœur ; de l’autre, tristesse/qi/po/abaissement vers les Reins. Sous l’éclairage du soleil et de la lumière métaphorique du zangshen, source de nos représentations mentales, le microcosme et le macrocosme sont en accord.

Partons maintenant du jingshen. Il s’adapte universellement aux saisons de l’hiver et l’été. L’hiver/Eau des Reins est au jing, ce que l’été/Feu du Cœur est au shen. L’hiver est la réduction extrême comme l’été est la manifestation extrême. Nous sommes dans un registre taoïste où la manifestation extrême est son inverse : la non-intervention de l’homme dans le monde, le wuwei, est sa plus grande intervention.

Pour entretenir la vie, il y a une asymétrie. Le centre de gravité du corps n’est pas au milieu, dans le Réchauffeur moyen (zhongjiao). Ce centre est sous le nombril au point qihai 6RM, dans le Réchauffeur inférieur (xiajiao). Pour conserver la gravité en bas, le mouvement d’abaissement du qi du Poumon vers les Reins doit prédominer sur le mouvement d’élévation du Sang du Foie vers le Cœur. Au plan de l’équilibre physique et mental, de la santé et de la longévité, un ventre bien rempli est plus important qu’une tête bien pleine. Le ventre rempli traduit un jing fort dans les Reins [1]. Une tête pleine traduit une Plénitude de pervers (xieqi) dans le Cœur, c'est-à-dire un Vide de correct (zhengqi). Rappelons-nous l’adage taoïste : un Cœur plein est vide, un Cœur vide est plein. Nous rajoutons : un Cœur vide a un shen fort, un Cœur plein a un shen faible. Excès de pensées, d’émotions, de désirs, de pulsions et d’agitation sont un appauvrissement du shen et un affaiblissement/épuisement du jing. L’inverse, tempérance, apaisement, calme, repos et équanimité conduisent à un enrichissement du shen et un renforcement du jing. Nous tous naviguons entre ces deux extrêmes selon notre humeur du jour !

Reprenons ces rapports par le Feu empereur (junhuo) et le Feu ministre (xianghuo). Ils cadrent tout à fait. Quand l’empereur (jun) est plus puissant que son ministre (xiang), les excès sont réduits. La santé et la longévité sont assurées, les maladies sont peu importantes et guérissent rapidement. Dans ce cas, le Cœur est vide, le shen et fort, le jing/ventre est rempli.  Quand le ministre (xiang) est plus puissant que son empereur (jun), les excès sont nombreux. La santé n’est pas bonne et la vie raccourcie. Les maladies sont chroniques, graves et guérissent difficilement. Dans ce cas, le Cœur est plein, le shen est faible, le jing/ventre est vide. Au plan médical, nous savons que toute maladie chronique et grave fini par épuiser le jing : il y a cohérence. À l’instar du Cœur vide qui est plein ; plus puissant que l’empereur (jun), un ministre (xiang) plein l’est de pervers (xieqi). Leur expression énergétique est celle des gui qui se sont enfouis dans le mingmen à la naissance.

Un ventre bien rempli a un jing renforcé ; le centre de gravité du corps est en bas ; le Sang est abaissé avec le qi, ce qui soulage le Cœur ; le po « rentre » dans le jing ; le shen est fort car vide de tous ses excès ; le hun « vient » avec le shen. Une tête pleine a un jing affaibli ; le centre de gravité du corps est haut ; le po « sort » du jing ; le Sang est trop élevé, ce qui agite le Cœur ; le shen est affaibli car rempli par les excès ; le hun « va », c'est-à-dire s’éloigne du shen.

En fin de compte, le Lingshu, 47 a raison : la Plénitude (shi) de l’Énergie essentielle (jingqi) renforce le shen et rassemble le hun et le po ; ce qui permet de lutter contre les perturbations internes et externes.

3. La première étape de neidan

Certains auteurs considèrent 5 étapes dans neidan avec, comme préalable, la restauration du jing et comme clôture, le retour dans le monde des hommes pour enseigner. Cette dernière nous ramène sur le mythe de Thésée. Les lecteurs sont invités à le lire. En ce qui concerne la première étape, il est évident que sans plénitude d’Énergie essentielle (jingqi), aucun regard intérieur n’est possible. Cependant, cette condition préparatoire n’intéresse pas les pratiquants moyens sans pathologie prononcée que nous sommes. Elle s’applique aux grands malades chroniques, poly-pathologiques et poly-médicamentés, et/ou avec d’importantes perturbations psychiques. Nous n’en tenons pas compte pour cette raison, mais la considérer est tout à fait cohérent. Insistons encore pour dire que les étapes sont décrites avec un temps psychique pour des raisons pédagogiques. Le temps alchimique est instantané.

Revenons à la physiologie. Rappelons-nous qu’à la naissance les « deux yeux » se séparent. Le xing avec forme (youxing) va au Cœur, le xing sans forme (wuxing) va aux Reins. L’avec-forme du xing est le Sang, support de l’activité psychique du Cœur. Le sans-forme du ming est le qi constitutif du jing des Reins. Le Cœur est le Feu, les Reins sont l’Eau. Pour mélanger ces deux éléments, le Feu doit descendre et l’Eau monter. Or, naturellement le Feu monte et l’Eau descend. Le génie observateur des Chinois entre en jeu ici. Le Feu est le Sang, le Sang est yin, il abaisse le Feu dans les Reins. Le jing est le qi, le qi est yang, il élève l’Eau dans le Cœur. Peu de Feu renforce le qi, trop de Feu épuise le qi. Le Feu du Cœur descendu dans les Reins renforce son qi, ce qui favorise l’élévation de l’Eau. On ne pourrait terminer cette description sans ajouter la séparation dite verticale du pur (qing) qui monte par la Rate et de l’impur (zhuo) qui descend par l’Estomac. L’équilibre de cette montée-descente participe à celui de l’Eau et du Feu. On voit comment toutes ces divisions de mouvement formulées pour transmettre un savoir sont en fait interpénétrées.

La correspondance alchimique est frappante. Pour pourvoir à la transformation du jing en qi, la longue cuisson d’un mélange harmonieux d’Eau et de Feu est nécessaire sous le nombril. Ce que le Poumon fait descendre avec le qi est le Sang, c'est-à-dire une partie du hun du Foie et du Feu/shen du Cœur, sans compter le yingwei acquis de la Rate car il faut bien nourrir (ying) et défendre (wei) les Reins. Tous ces intervenants de la conscience, Bois, Feu, Métal, Terre, Eau, sont mélangés, unifiés, transformés (hua) ensemble : les zang sont bien pour la vie intérieure. Notons que les Reins sont les deux seuls organes doubles du corps. Dépositaires de la dualité du yin-yang, ils sont seuls à même de permettre son dépassement dans l’unité. Aucun autre organe n’a cette possibilité. C’est alors que les gui sont extraits pour libérer le qi de ses entraves. Moins surconsommé par les excès de toute sorte, il s’en trouve renforcé ; ce qui retenti sur le jing et finalement, le shen.

Terminons ce chapitre pour dire que cette première étape concerne le Réchauffeur inférieur (xiajiao) équivalent au Champ de Cinabre inférieur (xiadantian) et au Corps [2] physique.

4. La deuxième étape de neidan

Maintenant que le qi est renforcé, il se transforme en shen. Il n’y a pas de temps de latence entre la transformation du jing en qi, puis en shen. L’ouverture de celui-ci est immédiate. Elle se traduit par une vision pénétrante, subtile, élargie des mondes intérieurs et extérieurs. Tout ce qui semblait différent, sectorisé, confiné par des concepts qui divisent, devient pareil, unifié, globalisé par des concepts qui rassemblent. L’expression shenqi indispensable à l’incarnation de la conscience trouve ici toute son ampleur. Si le qi qui accompagne le shen varie, la perception de celui-ci change. Le shen, encore zangshen, communique plus avec le yuanshen dont il reçoit le savoir instantanément. Cette notion est plus importante qu’elle n’en a l’air.

«  On pourrait dire que le fond dans lequel le shen extrait ses concepts n’est plus le même avant et après la transformation (hua). Avant, les symboles qui divisent sont issus du Corps physique, loin du yuanshen logé dans le Corps d’esprit à la tête. Après, les symboles qui unissent sont issus du Corps d’énergie plus proche du yuanshen à la tête. On conçoit que la conscience ait franchie le diaphragme. De bas en haut, elle passe du Corps grossier abdominal au Corps subtil thoracique. Toutefois, elle reste toujours dans la dualité. »

Il va sans dire qu’un shen organisé ainsi comprend l’univers différemment. Plus familier de l’Esprit que du physique, le shen transformé intervient moins dans son siècle, devient plus distancié, accepte plus facilement ses avantages et aléas. Son intérêt est, du moins en partie, ailleurs, tourné vers sa transformation intérieure, orienté vers sa dimension spirituelle située au-delà des cordes vocales.

Les fonctions des six méridiens sont transformées.

- Plus riche en Sang et en qi, la fonction de « fermeture » du yangming est correctement pourvue ; c’est son rôle. Le corps est fermé aux influences néfastes, tant extérieures climatiques, qu’intérieurs émotionnelles. Recevant la quantité correcte de Sang qui lui est dévolue, la fonction de « fermeture » du jueyin est renforcée. Remis à sa juste place, l’imaginaire du hun est réduit : il « vient » avec le shen. Cette venue signifie la bonne distance prise avec l’environnement extérieur, un discernement accru. Il correspond bien à une fermeture psychologique du corps.

- Si les « fermetures » sont réparées, les « ouvertures » du taiyang et du taiyin suivent. Le taiyang, c'est-à-dire la colonne vertébrale, tous les zangfu et toutes les Substances (qi) associées aux beishu, sont « ouverts » aux réalités intérieures et extérieures. Au centre, la Rate du taiyin reçoit toutes les pluralités. C’est un indéniable facteur d’« ouverture » et de stabilité, d’acceptation et de retrait aussi. Ils nous ramènent sur le discernement obtenu dans la « fermeture » du jueyin. L’équilibre Bois-Terre est conservé.

- Riches en qi, les deux « charnières » pourvoient à leur rôle de lien. C’est normal, le qi mobilise, globalise et unifie. Toutes les transformations obtenues dans le jing et le shen retentissent sur le shaoyin. Les Trois Réchauffeurs (sanjiao) du shaoyang où circule le yuanqi et la Vésicule Biliaire qui « donne les ordres à tous les zangfu » [3] suivent le même chemin.

Les cycles des Cinq Mouvements (wuxing) sont rétablis.

Le travail sur l’axe vertical Eau-Feu et l’équilibre Bois-Terre qui permet forcément une maîtrise du hun et du po, influence l’axe horizontal formé par le Métal pour le po et le Bois pour le hun. Corollairement, tous les cycles sont rééquilibrés, particulièrement, les deux cycles physiologiques d’engendrement (sheng) et de domination (xiangke).

Comme tout est pareil au lieu d’être différent, le temps change. Il devient superposé. Quittant leur statut successif, ses intervalles se rétrécissent dans le même présent. C’est normal, plus la conscience se rapproche du yuanshen, plus le temps se ralenti. Vie et mort sont compris comme semblables ; jour et nuit se ressemblent ; rêve et vie diurne sont identiques ; rêve et mort correspondent. L’âge fœtal n’est plus du passé. Il entre en relation analogique avec la vie, la mort, le rêve et tout intervalle que nous pourrions traverser. Ce qui est découvert dans une étendue où le souffle existe, puisque le travail se fait par son intermédiaire, se répercute dans toutes les autres.

Revenons à la physiologie. Les neuf Orifices (jiuqiao) dépendent du Cœur ; les sept Orifices du haut (qishangqiao), du Poumon ; les deux Orifices du bas (erxiaqiao) ou « deux yin », des Reins. Les sept Orifices supérieurs sont dits du pur (qingqiao). Ils nous mettent en communication avec le Ciel. Impurs (zhuo), les deux Orifices inférieurs authentifient notre relation à la Terre. Sept est aussi le nombre des po, un par Orifice supérieur. Par l’intermédiaire du qi, cette association nous ramène sur la fonction de purification du Métal du Poumon. Son nombre est d’ailleurs sept, nous pourrions y revenir dans un autre travail.

«  Des Orifices supérieurs (shangqiao) impurs (zhuo) ont une perception matérialisée, divisée, grossière, confinée pour reprendre une expression actuelle, de la vie. Elle provient du Corps physique situé sous le nombril. Le mingmen y est soumis à la tyrannie des gui du hun et du po. »  Faisant constamment retour sur eux-mêmes dans la répétition de leurs conditionnements, ils obèrent, appauvrissent la perception sensorielle. L’extraction/élimination des gui se répercute de facto sur la purification des Orifices supérieurs (shangqiao). Ne dépendant plus du Corps physique mais du Corps d’énergie, leur perception s’élargi. En se tournant vers le yuanshen, elle enrichit le zangshen. Il y puisera son savoir, non plus pour répéter, mais pour créer. Nous l’avons détaillé plus haut. Les taoïstes affirment que la connaissance extérieure ne suffit pas. Elle doit passer par le filtre de la connaissance issue de l’intérieur de soi. C’est bien à quoi aboutissent les deux premières étapes de neidan.

5. La troisième étape de neidan

Précisons d’abord que les lumières solaires et mentales ne permettent de voir que le yang, c'est-à-dire la fraction apparente, perceptible et visible de la conscience. La lumière innée du yuanshen est la seule capable de nous faire voir le contenu caché dans le yin. Dans le Cœur, dépôt du yuanshen et répondant à l’Orifice primordial (zuqiao), le « troisième œil » situé entre les deux yeux, les gui du « deuxième œil » sont regardés après leur extraction dans les Reins. Elle nous ramène évidemment dans l’intervalle fœtal et/ou dans ce que nous avons nommé l’« intervalle de bébé » : les quelques semaines à mois qui suivent une naissance. La vision des gui est leur élimination/mort instantanée : ces deux processus sont indissociables. Chaque liquidation nous rapproche de la transformation du shen en xu. Rappelons que la transformation du corps seule témoigne de la puissance du shen. Tout le reste est discours.

Nous avions écrit qu’une expiration abaisse le qi sous le nombril dans le xiadantian, pour le mettre en relation avec le jing. Ensuite, une inspiration fait remonter le produit de la transformation dans le Cœur au shangdantian. Insistons pour dire que nous décrivons là, un temps physiologique et pédagogique. Celui de neidan est différent. Il est inexistant ou très réduit. Les processus se réalisent ensemble instantanément ou dans un laps de temps si court, qu’il ne peut être saisi. Dans cet instant alchimique où les trois étapes s’effectuent, shen, jing et qi ne sont, ni vécus différemment ni vécus unitairement. Il s’agit d’une autre dimension que les mots ne peuvent pas saisir où les sanbao se confondent et se restaurent dans le même présent.

Bien sûr, le processus ne se fait pas en un jour ou en une seule expulsion de gui. Il faut cent ans pour faire un homme disent les taoïstes. Lors de notre expérience intérieure, nous avons repérés plusieurs gui liés à des processus différents et ayant des formes spécifiques. Sur des années de pratique, chaque gui a été éliminé un par un. Autrement, un seul gui peut demander des décennies pour être chassé progressivement image par image. Il faut comprendre la difficulté à donner des informations exactes sur le contenu du yin à partir d’un langage qui s’exprime dans le yang.

Dans l’état actuel de notre vie en ce monde, nous pouvons vivre des passages, des moments de vacuité-lumière inné. Cependant, nous sommes vites rattrapés par les réalités de l’existence. Pratiquer à temps plein dans un temple, loin des soucis du monde, entouré de maîtres et disciples dévoués à neidan doit être plus facile.                  

6. Le mystère (xuan)

Nous constatons que les Trois Trésors (sanbao) sont impliqués. Or, du shen du qi et du jing, qui a commencé ? Tout le monde peut physiologiquement et pédagogiquement décrire des étapes temporelles, mais intérieurement, personne ne sait. Sur le plan alchimique, il n’y a pas d’intervalles. Les transformations se font instantanément ou presque car le temps n’existe que dans l’imaginaire de nos hun. Il faut bien séparer la temporalité psychique de l’intemporalité de neidan. Le travail se produit dans cette dernière, en dehors ou au-delà de toute considération mentale dépendante du hun et du po.

Tel est l’insondable mystère (xuan) dont la totale acceptation, le total abandon est le fondement de « la voie du retour ». La fonction de transformation (hua) des Reins ou selon nous, de la Rate et des Reins, est actionnée par le mystère (xuan) même. Il est l’intemporel et insondable lumière innée du yuanshen du Ciel antérieur (xiantian). Elle seule visualise, extrait, purge, élimine, transforme notre destin (ming). C’est d’elle que nous venons, c’est par elle que nous travaillons intérieurement et c’est en elle que nous revenons.

Il faut comprendre que la description des étapes de neidan n’est ni la réalité ni une relation de causes et d’effets. Elle est uniquement une suite de liens, de correspondances imaginaires produites par des hun orientés sur cette perception. Ce qui fait chuter l’homme dans le monde de la matière, ce qui le transforme pour l’élever dans le monde de l’esprit reste une force mystérieuse et insaisissable. La seule réalité sur laquelle nous avons à appliquer une œuvre est la porte d’entrée, le chemin qui nous conduit vers notre nature fondamentale : le Souffle. Nous sommes uniquement là, assidus, dans l’attente des effets transformateurs de cette présence, tout le reste nous échappe.

Inutile d’essayer de comprendre cette réalité intellectuellement. Aucun concept, aucune métaphore ne peuvent en rendre compte. Dans le Corps d’esprit à la tête, au-delà des cordes vocales, la pensée et la parole sont interrompues.

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Notes

[1] Nous évoquerons uniquement le jing des Reins. Toutefois, nous pensons qu’il s’agit de la Rate pour l’acquis et des Reins pour l’inné. Authentifiant notre incarnation, les deux zangshen terrestres sont impliquées.

[2] Pour bien discerner le corps en général de la division en trois niveaux que nous avons faite, nous écrirons Corps physique, Corps d’énergie et Corps d’esprit.

[3] Duron André (traducteur). Suwen. Première partie. Paris: Éditions Guy Trédaniel; 1991.

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