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Philippe Sionneau

6 sujets de 1 à 6 (sur un total de 6)
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    Messages
  • #6404
    stephanbm
    Participant

    Cher tous, en étudiant les 2 formules suivantes et leurs compositions de plantes, je me posais la question suivante sur l'origine du nom des 2 formules
    Da Qing Long Tang : pourquoi Da ? est ce lié au syndrome Yang Ming qui se rajoute au TYSH, qui crée des manifestations de chaleur interne plus forte, plus montante ?
    Xiao Qing Long Tang : pourquoi Xiao ? est ce lié au syndrome Tai Yin qui se rajoute au TYSH qui crée des manifestations cliniques plus profondes, froides en interne ?
    Les deux ont les notions de dragons dans leurs noms et les deux peuvent traiter des manifestations cliniques liées à l'eau mais où la localisation physiologique et les mécanismes pathologiques ne sont pas les mêmes. Hasard ?
    Voilà, je m'interroge sur le mécanisme sous jacent qu'a voulu introduire Zhang Zhong Jing en voulant nommer 2 formules du même nom avec juste la différenciation du Da et Xiao. Cela ne peut absolument pas être seulement poétique ? Cela ne peut pas juste être les 3 plantes en commun dans leurs compositions qui amèneraient ce nom ?
    J'en appelle à votre expérience et votre connaissance 🙂
    Belle journée
    stephan

    #21823
    STEPHANIE
    Participant

    Bonjour, ta question est très intéressante... J attend avec impatience la réponse !

    #21828
    brgnicolas
    Participant

    Comme en philosophie, commençons par définir les termes :

    Da ou Xiao : Pour certaine prescription des Jing fang, l’emploi du Da peut être en relation avec la composition de la prescription. Celui-ci faisant référence à l’emploi de Da huang. Ici, rien de tel, et Stéphan le dit bien. Il s’agit de la « grande » ou de la « petite » décoction qui fait directement référence à l’effet plus ou moins puissant de la prescription. Il nous suffit donc de comprendre de quel « effet » il s’agit pour saisir les points communs et les différences qui unissent ces décoctions.

    Qing Long : Dragon vert.
    Le bleu vert, associé à notre Dragon, fait référence aux orientations cardinales. Elle replace, comme c’est le cas pour d’autres prescriptions (ex : Bai hu tang décoction du tigre blanc) la prescription sous l’égide de son mouvement (élément) d’appartenance et de son « animal » symbolique. Je ne suis pas adepte des explications de l’utilisation des formules par leurs noms et leurs liens avec les 5 mouvements. Celles-ci existent, sont intéressantes, mais sont inappropriées vis-à-vis du système que nous étudions.

    Enfin, Long, notre dragon.

    Pour comprendre « l’effet » de ces prescrtions, il faut comprendre la signification symbolique de cet animal.

    Le Guan zi (texte philosophique antique), stipule que “龙,水中之神者也,乘水则神立,失水则神废”
    « Le dragon est l’esprit (le dieu) de (au coeur) l’eau. Avec l’eau il s’établit (se dresse) , sans eau il se gâte) » (la traduction de 乘 par « avec » est simpliste et ne recouvre pas l’idée de « transport » , « d’embarqué sur» ou « embarqué par » qu’il faut pourtant garder en tête).

    Cette « eau » dans le cadre d’un T+ SH c’est la sueur. Une eau qui reste bloqué à la surface, qui ne parvient pas à sortir, et entraine une anhidrose. Le Dragon ne peut donc pas « s’établir » ou s’exprimer et « se gâte ». (on pourrait, ici, lier ce type d’action au bois, qui donnerait à notre dragon l’impulsion nécessaire pour « jaillir » du cœur des eaux).

    Stéphan dit : «… Les deux ont les notions de dragons dans leurs noms et les deux peuvent traiter des manifestations cliniques liées à l’eau, mais où la localisation physiologique et les mécanismes pathologiques ne sont pas les mêmes. Hasard ?»

    Il s’agit de dire que si les mécanismes pathologiques des deux prescriptions sont différents certes, l’eau dont il est fait question est en réalité la même. C’est le principe thérapeutique même de la sudorification, de la libération par la sueur d’une atteinte de la surface. Une sueur qu’il s’agit de maîtriser en fonction des posologies (Ma Huang ge ban tang etc.), mais aussi en fonction du « mouvement » (centripète/centrifuge) des plantes.
    Il nous faut donc comprendre que la différence entre ces deux prescriptions réside dans le fait de faire s’exprimer un dragon plus ou moins fort.

    Je reprendrai ici à mon compte le commentaire du 成方便讀qui explique les choses ainsi :
    « Les deux prescriptions ont les fonctions d’induire la transpiration et d’expulser les mucosités Yin. Cependant, elles ont été nommées en fonction de leurs puissances respectives de sudorification et s’appellent ainsi la grande et la petite décoction du dragon bleu-vert » 「二方發汗逐飲之功,(...),但依其發汗力 強弱而命名大、小青龍湯」

    Les deux « dragons » appartiennent également au système du Tai yang qui présente les signes et symptômes suivant : crainte du vent et du froid (+) , fièvre, douleur de la nuque et de la tête, lourdeur tiraillement des membres et son des dérivés de la formule égérie : « Ma huang tang ».

    Dans la composition de Da qing long tang, on note que la posologie de Ma huang et guizhi est plus grande. En effet si l’on veut conserver un pouvoir sudorifique de la prescription, malgré l’ajout de Shi gao, il faut augmenter les dosages. Il reste que le principe thérapeutique est de libérer l’externe, mais aussi clarifier la chaleur du Yang ming avec l’emblématique piquant (dispersant), froid Shi gao.

    Concernant Xiao qing long tang, il s’agit toujours de libérer la surface, mais de transformer en même temps les mucosités Yin. Une action thérapeutique qui doit prendre place simultanément à l’externe (surface) et à l’interne (transformer les mucosités).

    Ainsi, nous comprenons que pour transformer ces mucosités Yin (association xi xin, ban xia) il s’agit de guider l’action de la prescription à l’interne, ce que fait principalement wu wei zi un produit astringent, qui influence, entre autres, le tropisme de la prescription.

    Du reste, il faut conserver à la prescription son action principale de libérer la surface. Une surface qu’il faut libérer avec un « petit dragon », sous peine de diriger la prescription trop fortement vers l’extérieur.

    On note donc que Da qing long tang est une prescription ou la pathologie commence à se manifester à l’interne (Yang ming), mais ou l’aspect externe est prépondérant, et nécessite de mobiliser la force d’un dragon plus grand, un pouvoir sudorifique plus grand. À l’inverse il s’agit dans Xiao qing long tang, de transformer les mucosités yin, tout en libérant la surface. Une double action qui ne doit pas être excessive.

    Petit dragon a-t-il répondu à grand scarabée ?

    #21836
    STEPHANIE
    Participant

    Merci Nicolas,
    Quel bonheur de lire tes explications !
    En immersion complète , tu nous as transporté ....et pour ma part, permis de mieux comprendre le dynamisme attendu grâce aux substances médicinales employées dans ces deux Formules.
    Merci petit Dragon!

    #21840
    stephanbm
    Participant

    Cher tous.

    Je te remercie Nicolas pour le temps précieux que tu as pris pour répondre à cette question. je la découvre aujourd'hui.

    Je comprends donc que Xiao Qing Long Tang a une manifestation interne plus forte et elle nécessite à l'inverse de Da Qing long tang d'un dragon avec un mouvement plus petit. Je comprends ainsi mieux l'action de wu wei zi et plus de l'aspect subtil de sa saveur acide (et de son astringence) dans cette prescription. J'imagine que Xi Xin joue son rôle également en relançant le mouvement centrifuge bloqué, cette plante, au delà de son pouvoir sur les mucosités me semble plus forte que Gan Jiang pour cette action (je dirai que Gan Jiang appuie son mouvement quand j'essaye de les comprendre).
    Enfin, si je peux me permettre cette analogie, le poumon, voie des eaux, contrariait le dragon bloqué ici 🙂
    En tout cas, cela a éclairé le sens de ces 2 prescriptions car elle sont en haut et en bas de ta cartographie par rapport à la frontière avec la surface, lieu de l'accumulation d'eau dans le TYSH.

    j'ai une autre question mais je vais d'abord prendre le temps de regarder la prochaine réponse que tu as faite car tu y as peut être répondu.

    Stéphan

    #21842
    brgnicolas
    Participant

    Bonjour Stéphane et Stéphanie 🙂

    Avec plaisir.

    Stephan je te fais une réponse sur l'autre post.

    Concernant le poumon bloqué, c'est juste et très pertinent mais en MTC... on n'utilise pas forcément cette idée dans le SHL. 🙂

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