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Philippe Sionneau

Pharmacopée

Médecine chinoise : Doit-on traiter le Covid 19 ou les patients atteint de Covid 19 ?

27 min de lecture

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Par Philippe Sionneau

Académie Supérieure de Médecine Chinoise

Médecine chinoise : Doit-on traiter le Covid 19 ou les patients atteint de Covid 19 ?

Par Dr Nathalie Iermann, Dr Marie-Alyette Costa-Fournel, Philippe Sionneau

L’objectif de cet article est d’essayer de comprendre la physiopathologie de la maladie COVID-19 par coronavirus SARS-CoV-2 à travers la dialectique du Shāng Hán Lùn 伤寒论 (Traité des lésions du froid), de suggérer des pistes de traitements et en conclusion de faire un rappel fondamental d’un paradigme majeur de la médecine chinoise.

 

COVID-19 : qu’en dit la médecine conventionnelle ?

Voici les présentations cliniques d'une infection à Covid-19 selon les données officielles internationales (source https://lecmg.fr/coronaclic/).

Évolution naturelle d'une infection à Covid-19 selon les sciences médicales modernes

  • Incubation en moyenne de 4,9 jours à 6,4 jours.
  • Jusqu'à 14 jours.
  • 1 à 14 dans le rapport OMS

Temps médian de guérison clinique

Deux semaines pour les formes peu sévères. 3 à 6 semaines pour les formes graves.

Report of the WHO-China Joint Mission on Coronavirus Disease 2019 (COVID-19). 2020

Syndrome de Détresse Respiratoire Aiguë (SDRA)

  • Survenue dans 17,6 à 29% des cas hospitalisés.
  • Délai de survenue = 9 jours
  • Formes modérées = 81%
  • Formes sévères = 14% (dyspnée, fréquence respiratoire ≥30/mn, SaO2≤ 93%, PiO2 <300, et/ou infiltrat pulmonaire > 50% en 24-48h)
  • Formes critiques = 5% (SDRA, choc septique, et/ou défaillance multiviscérale)

Formes compliquées

  • Aggravation vers le 7ème jour avec atteinte parenchymateuse, sepsis, surinfections bactériennes ou fongiques.
  • Cliniquement : dyspnée vers J8 et détresse respiratoire vers J9.
  • Radiologiquement : pneumopathie en verre dépolie, unilatérale préférentiellement sur le lobe inférieur droit, puis bilatérale.

HCSP. 4.1.1 Présentation clinique (page 7) et 4.5.4 Anomalies radiologiques (page 12) – 5 mars 2020

Principaux facteurs de risque d’évolution défavorable selon la littérature

  • Age : mortalité = 0% chez les moins de 9 ans, 8% chez les patients âgés de 70-79 ans, 14,8% chez les patients ≥80 ans.
  • Comorbidité (HTA, pathologie cardiovasculaire, diabète, maladie vasculaire cérébrale).
  • Clinique : dyspnée, anorexie, douleurs pharyngées, vertiges, douleurs abdominales.

Ce qui est fondamental c'est que les moins de 20 ans feront très rarement de complications mortelles, ni même pulmonaires à priori, alors qu'ils n'ont pas plus de présence d'anticorps face à ce nouveau virus. Plus on avance dans l'âge et plus la maladie est atypique.

Symptômes par ordre de fréquence décroissant

  • Fièvre (83 à 98%. NB Jusqu’à 60% de patients apyrétiques dans des études avec moins de patients hospitalisés, température médiane = 37,75° à 38,3°C),
  • Toux (59 à 82%) habituellement sèche, mais avec quand même 33% de toux grasse
  • Fatigue (38 à 70%)
  • Dyspnée (31 à 55%),
  • Myalgies (11 à 44%),
  • Confusion (9%),
  • Céphalées (6 à 13%),
  • Maux de gorge (5 à 17%),
  • Rhinorrhée (4%),
  • Douleur thoracique (2%),
  • Diarrhée (3 à 10%),
  • Nausées /vomissements (1 à 13%).
  • Conjonctivite (0,8 %)
  • Sang dans les crachats (0,9%).

N.B.

Des formes avec symptomatologie digestive (notamment diarrhées), état confusionnel, chutes, initialement non fébriles sont souvent au premier plan chez les personnes âgées.

Devant la recrudescence d’anosmies brutales sans obstruction nasale, parfois isolées qui pourrait être en relation avec le Covid-19, il convient de :

  • Toujours chercher ce symptôme devant un patient suspect de Covid-19 ;
  • En présence d’une anosmie sans obstruction nasale et avec une agueusie, le diagnostic de Covid-19 est à considérer comme vraisemblable et ces patients doivent être de facto isolés ;
  • Ne pas les traiter par corticoïdes inhalés ou per os et les lavages de nez sont déconseillés, ils pourraient favoriser la dissémination virale.

Vision selon les prescriptions classiques (jīng fāng 经方)

Pour bien apprécier cette partie et comprendre notre analyse, il est fondamental de comprendre que le Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) possède plusieurs interprétations. Celle qui est la nôtre est liée à un courant médical appelé prescriptions classiques (jīng fāng 经方) dont les derniers représentants les plus importants sont Hú Xī Shù (胡希恕) et Féng Shì Lún (冯世纶) qui indirectement ou directements sont nos formateurs. Dans cet article, nous essayons de comprendre le mécanisme pathologique du COVID-19 à travers cette dialectique.

Pour ceux qui aimeraient connaître les théories de base de cette approche, je vous suggère de lire les 3 articles suivants (dans l’ordre) :

  1. Pourquoi la médecine chinoise « classique » va-t-elle révolutionner votre pratique ? (cliquez ici)
  2. La médecine chinoise classique va révolutionner votre pratique - Partie 2 (cliquez ici)
  3. La médecine chinoise classique va révolutionner votre pratique - Partie 3 (cliquez ici)

La phase de début est typiquement une atteinte de la surface

En effet, les patients présentent souvent : anosmie, rhinorrhée, céphalée, fièvre, myalgies, toux, dyspnée.

L’observation clinique de la médecine occidentale ne note pas s’il y a blocage de la transpiration ou pas, de même pour la crainte du froid ou du vent, ni les frissons. Malgré cela, très clairement les symptômes les plus fréquents orientent vers une atteinte initiale du tài yáng 太阳 [shāng hán (伤寒 - lésion du froid) ou zhòng fēng (中风 - attaque directe de vent)] à déterminer chez votre patient en fonction de la présence ou absence de transpiration.

A noter qu'une anosmie sans rhinorrhée, même isolée, est considérée comme pathognomonique du Covid-19, dans cette période épidémique. L'atteinte du nez rentre bien dans l'atteinte de la surface.

Une lésion de la surface yīn, shào yīn 少阴 serait-elle possible, malgré l’apparente virulence du pervers ?

Tout à fait. Certaines personnes, à cause de leur constitution, de leur état de santé au moment du développement de cette pathologie peuvent ne pas faire de fièvre, ne pas souffrir de sensation de chaleur, ou présenter des éléments yáng en surface comme par exemple de la rougeur au niveau de la peau. A l’inverse les signes de frilosité, d’extrémités froides, de frissons, de grosse fatigue voire d’épuisement, amenant à avoir envie de dormir plus que la normale sont présents. Dans ce cas, il faudra privilégier en particulier des prescriptions de type shào yīn zhòng fēng (少阴中风) ou shào yīn shāng hán (少阴伤寒) selon présence ou absence de transpiration.

Comprendre le Syndrome de Détresse Respiratoire Aiguë (SDRA)

Ce qui est aussi remarquable c'est que l'atteinte respiratoire ne se manifeste qu'au 7ème jour. On peut constater que la lutte du qì régulier pour éliminer le pervers dans le tài yáng n'a pas été efficace et que le pervers s’est enfoncé dans le mi-externe/mi-interne. Les symptômes sont clairs : oppression de la poitrine, dyspnée, alternance de fièvre et de frissons ou apyrexie, bouche amère, anorexie, douleurs pharyngées, vertiges dans le cadre de pneumopathie massive voire SDRA.

Le SDRA qui peut conduire à la mort n’apparaît qu'au 9ème jour. Cela indique que la lutte pour éliminer le pervers dans le shào yáng 少阳 n'ayant pas été suffisante, il s’enfonce davantage dans l'interne provoquant une défaillance multi-viscérale qui amoindrit sérieusement les chances de survie du patient. D'ailleurs les signes cliniques de gravité décrits sont : dyspnée, anorexie, douleurs pharyngées, vertiges, douleurs abdominales. Tous sont des signes d'atteinte shào yáng 少阳, sauf les douleurs abdominales qui sont déjà des signes d'atteinte de l'interne. En outre, les conjonctivites et les hémoptysies, chaleur en haut, peuvent être vu au départ de l’atteinte comme des signes précurseurs ou annonciateur de l’évolution vers une lésion mi-externe/mi-interne

La dialectique du Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) écrit durant l’Antiquité est-elle vraiment adaptée pour une nouvelle maladie apparue très récemment ?

La description du développement des maladies infectieuses qui passent d’un stade à un autre est l’une des grandes caractéristiques du Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) qui près de 18 siècles après sa parution reste une méthodologie valide pour analyser et traiter les pathologies virales, anciennes ou nouvelles, puisque finalement les maladies empruntent souvent les mêmes chemins, ceci depuis la nuit des temps. L’œuvre de Zhāng Zhòng Jǐng 张仲景 est ainsi l’une des plus utiles dans la lutte contre le COVID-19. En outre, le coronavirus illustre encore une fois la pertinence de ce texte fondateur. En effet, lors de la phase tài yáng voire shào yīn, (surface), le virus est détectable dans le nez ou la gorge, alors que chez les patients en défaillance d’organe, dans la phase tài yīn ou yáng míng, les prélèvements deviennent le plus souvent négatifs. Car le virus, le pervers est dans les organes, les endothéliums vasculaires. Ainsi, la progression de la surface vers l’interne décrite dans le Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) se retrouve dans les analyses virales.

Élucider le mystère de la mortalité liée à l’âge des patients

Revenons à nos classes d'âge. Les jeunes ont généralement des surfaces bien plus défensives, plus solides et à priori même les asthmatiques ne sont pas très impactés par le COVID-19. On peut penser que le pervers est combattu efficacement en surface et ne descend pas vers le mi-externe/mi-interne et surtout plus profondément. Ainsi, chez ce type de jeunes patients la maladie se manifeste comme un simple rhume ou un très léger syndrome grippal et guérissent spontanément en quelques jours. Le pervers étant resté en surface, la mortalité est impossible. Bien évidemment, il n’est pas exclu qu’une personne âgée possède encore une défense remarquable et ne déclare aucune complication, et qu’un enfant ou adolescent avec une défense faible puisse succomber. Le virus ne sélectionne pas ses victimes, c’est la capacité du corps à se défendre, en particulier en surface qui est déterminant. C’est lorsque le pervers entre dans le mi-externe/mi-interne puis ensuite dans l’interne, touchant tài yīn et parfois yáng míng simultanément que la situation devient critique voire fatale. Or, les personnes âgées possèdent généralement moins de vitalité, c’est-à-dire moins de qì régulier, de sang, de jīng. Le corps est moins solide pour combattre le pervers. Celui-ci a plus de risque de vaincre et d’entraîner un déséquilibre yīn yáng suffisant pour provoquer le décès.

Élucider le mystère des patients qui ne font pas de fièvre

Certains patients décrits dans les formes atypiques commencent leur pathologie sans fièvre (60%) ce qui peut signifier plusieurs choses. Soit l’atteinte est de type shào yīn 少阴 (surface yīn), soit le pervers est allé directement dans le shào yáng 少阳 voire dans l’interne. Ces patients ont souvent aussi des douleurs de la gorge, des vertiges, des douleurs thoraciques, de la toux, de la dyspnée qui sont sans exception des symptômes du shào yáng et plus exactement du syndrome Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡汤 (Petite décoction de Radix Bupleuri). D'autres, notamment les personnes âgées, rentrent par des atteintes du tài yīn 太阴 uniquement (diarrhées, vomissements, chute, défaillance poly-viscérale). Nous faisons l’hypothèse assez vraisemblable que le virus attaque là où la faiblesse préexistante du patient est la plus importante : en surface, au mi-externe/mi-interne ou dans l’interne. Dans le Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid), la plupart des situations critiques qui débouchent sur un décès est le fait d’un syndrome du tài yīn. Or, ce sont les personnes âgées qui présentent le plus souvent cette situation et qui explique la plus grande mortalité chez nos anciens.

Traiter un virus ou traiter un patient atteint par un virus ?
Ou de l’intérêt de la médecine chinoise pour compléter les carences de la médecine occidentale

La réflexion qui découle de ces observations est qu'il existe une fenêtre thérapeutique possible pour la médecine chinoise classique pour éviter l'évolution dramatique. Et en fait, nous sommes au cœur de la différence entre la médecine occidentale et la médecine chinoise : traiter un virus ou traiter un patient atteint par un virus ?

Au moment où nous écrivons cet article, il n’existe pas de traitement officiellement reconnu par l’OMS pour traiter le coronavirus SARS-CoV-2. On se contente de diminuer éventuellement la fièvre et d’envoyer les personnes les plus touchées par le SDRA en réanimation sous respirateur. En d’autres termes jusqu’à présent, en Europe en tout cas, on laisse évoluer la pathologie par manque d’armes thérapeutiques durant ces fameux 7 premiers jours où la complication pulmonaire s’installe. Selon la dialectique du Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid), en cas de défenses faibles, on laisse le pervers pénétrer successivement la surface, le mi-externe/mi-interne puis l’interne avec parfois une issue fatale.

Notre compréhension de la physiopathologie du coronavirus à la lumière du Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) et notre récente expérience clinique du diagnostic et du traitement du COVID-19 par les plantes chinoises (voir quelques cas typiques plus bas), nous permet d’affirmer que dans la majorité des cas, nous pouvons aider le patient à lutter efficacement contre le virus et éviter les complications graves. Pour cela, on s’appuie sur un diagnostic et un traitement individualisé du patient qui tient compte de l’état du patient, de la localisation du pervers, des manifestations pathologiques. L’objectif étant d’éviter la progression du pervers vers l’interne et son expulsion le plus rapidement possible du corps. Plus on agit vite, dès la première journée, plus le pronostic est favorable. Une bonne partie de la mortalité aurait pu être évitée si on avait traité les patients dès le premier jour au lieu d’attendre de leur apporter de l’oxygène au 9ème jour…

En médecine chinoise : on traite le patient pas la maladie

Si on veut donner une chance aux patients de se rétablir, il est primordial de noter tous les signes et symptômes pour en arriver à un diagnostic et au syndrome-prescription (fāng zhèng 方证), les plus adaptés possibles. On ne traitera pas de la même façon une dame de 80 ans qui présente une diarrhée (tài yīn 太阴), un homme de 50 ans dyspnéique (shào yáng 少阳) ou un adolescent présentant une fièvre et des frissons (tài yáng 太阳). Au praticien consciencieux d'évaluer la prédominance d'une couche par rapport à l'autre et d'en tenir compte dans sa prescription. Bien évidemment, il est tout à fait possible que plusieurs systèmes soient touchés simultanément. Au départ, la combinaison tài yáng/shào yáng est assez commune. Les traitements quasi-symptomatiques sans tenir compte de la symptomatologie individuelle qui sont proposés un peu partout sur des forums Facebook et autres sont un non-sens dans la vision traditionnelle de la médecine chinoise.

Nos premières observations :

En résumé, nos premières constatations qui devront être confirmées dans les prochains mois nous permettent de dire :

Les patients rentrent souvent dans la pathologie par le tài yáng. Il faut alors que vous évaluiez s’il s’agit d’un zhòng fēng (中风 - attaque directe de vent) ou d’un shāng hán (伤寒 - lésion du froid). Respectivement, les familles Guì Zhī Tāng 桂枝汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi Cassiae) et Má Huáng Tāng 麻黄汤 sont là pour aider vos patients à vaincre le pathogène. Bien évidemment, le pouls, la transpiration, l'intensité de la crainte du froid et les myalgies permettent d’évaluer quel type de surface est en présence.

Plus rarement et tout à fait possible, la surface yīn peut être impactée, avec absence de fièvre ou de symptôme yáng en surface. Il s’agit d’un syndrome shào yīn qui est souvent associé à des mucosités claires, fluides, tant au niveau du poumon que du nez qui sont en lien avec tài yīn. Il faut encore une fois évaluer si le patient présente un zhòng fēng ou un shāng hán et sélectionner l’une des grandes prescriptions clés de ces syndromes, en y ajoutant des remèdes qui tiédissent et transforment les mucosités-yǐn-froid tels que Gān Jiāng 干姜 (Rhizoma Zingiberis Exsiccata) ou Xì Xīn 细辛 (Herba Asari Cum Radice). En cas de maladie combinée (hé bìng合病) tài yáng/tài yīn, avec comme symptôme dominant la toux avec mucosités abondantes, en fonction de ce qui domine, on pourra s’orienter par exemple vers Guì Zhī Jiā Hòu Pò Xìng Zǐ Tāng 桂枝加厚朴杏子汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi Cassiae plus Cortex Magnoliae Officinalis et Semen Pruni Armeniacae), Xiǎo Qīng Lóng Tāng 小青龙汤 (Petite décoction du dragon bleu) ou encore Bàn Xià Hòu Pò Tāng 半夏厚朴汤 (Décoction de tuber Pinelliae et cortex Magnoliae).

Pendant ces 7 jours le shào yáng peut commencer à être atteint, avec ou non un syndrome du tài yáng. C’est pour cela qu’il faut alors rechercher les signes fondamentaux : alternance chaud/froid, douleur de gorge, bouche amère, douleurs de la poitrine, oppression de la poitrine, vertiges, nausées/vomissements). Si c’est le cas, il faut vite s’orienter vers une prescription shào yáng comme par exemple Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡汤 (Petite décoction de Radix Bupleuri). Si la surface yáng est toujours présente, Chái Hú Guì Zhī Tāng 柴胡桂枝汤 (Décoction de Radix Bupleuri et de Ramulus Cinnamomi Cassiae) est parfaitement adaptée. En cas de rhinorrhées, de toux grasse avec expectorations claires ou blanches, il faudra ajouter des substances médicinales qui transforment ces productions pathogènes, c’est-à-dire qui agissent sur le syndrome tài yīn.

Si l'atteinte pulmonaire se confirme sans hospitalisation car le taux de saturation en oxygène est correct, Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡汤 trouvera encore plus son action. On peut y ajouter alors Jié Gěng 桔梗 (Radix Platycodi Grandiflori) et Zhǐ Ké 枳壳 (Fructus Citri Aurantii).

Pour ceux qui présentent des atteintes tài yīn prédominantes, notamment une fatigue intense, le soutien du yáng ou du qì sera d'une aide précieuse. Il est à noter cependant que la grande fatigue présente chez un bon nombre de patient peut se déclarer dans un syndrome shào yīn, shào yáng et tài yīn. A elle seule, elle ne peut pas suffire pour conclure à un syndrome tài yīn. Si un patient présente des vomissements et des diarrhées sans fièvre, avec peu de soif, de la frilosité et de la fatigue, Sì Nì Tāng 四逆汤 (Décoction des quatre inversions) sera salvateur même s’il y a quand même des symptômes du tài yáng ou du shào yīn. En effet, en cas de situation aiguë et urgente qui implique la surface et le tài yīn, dans ce cas, on doit d’abord traiter le tài yīn en priorité.

Il ne faut pas négliger des atteintes yáng míng. Peu de constipation sont décrites dans les rapports de la médecine occidentale car la constipation n'est pas considérée comme un symptôme pathologique contrairement à la diarrhée. Encore une fois, si un patient présente un tableau de chaleur du yáng míng dans le foyer inférieur, en dehors de toutes idées préconçues sur cette maladie, c’est Dà Chéng Qì Tāng 大承气汤 (Grande décoction pour ordonner le qì) qu’il faudra prescrire. Si cette chaleur du yáng míng n’est pas dans les organes, alors, c’est Bái Hǔ Tāng 白虎汤 (Décoction du tigre blanc) qui pourra être essentielle.

Il ne faudrait pas non plus négliger les patients qui présenteraient un jué yīn plutôt qu'un shào yáng à cause de leur constitution de départ. Le processus pathologique devrait être identique à une atteinte du shào yáng. Bien que n’ayant pas encore observé de tel cas, Chái Hú Guì Zhī Gān Jiāng Tāng 柴胡桂枝干姜汤 (Décoction de Radix Bupleuri et de Ramulus Cinnamomi Cassiae) est probablement le traitement de choix pour cette manifestation.

Bien évidemment, pratiquer la médecine chinoise, ne doit pas empêcher d’avoir du bon sens et nier l’intérêt de la médecine occidentale, là où elle est supérieure, c’est-à-dire dans sa capacité à répondre à l’urgence et à proposer des services de réanimation. En cas de SDRA ou de défaillances viscérales, seuls les réanimateurs pourront alors sauver le patient.

Exemples de cas cliniques récents

Exemple n°1

Femme de 38 ans. Consultation le 28 mars 2020. Elle se plaint de plusieurs symptômes grippaux. Après avoir consulté son généraliste, on lui confirme qu’elle est atteinte très probablement du COVID-19. On lui conseille de rentrer chez elle et d’appeler les urgences en cas d’aggravation de son état. Au moment, où nous la consultons, la patiente présente : alternance de fièvre et de frissons. La fièvre est de 38°. Les extrémités sont parfois froides. Toux sèche irritante mais le matin se manifestent des expectorations et des rhinorrhées fluides, claires, avec parfois des traces sanguinolentes dans les mucosités. Sensation de brûlure dans le nez. Oppression de la poitrine. Conjonctivite avec yeux rouges et paupières gonflées. Fatigue importante. Selles plus molles que l’habitude. Palpitations cardiaques. Éternuements et gorge qui gratte. Pas de transpiration.

Très clairement la patiente présente une maladie combinée (hé bìng合病) tài yáng, shào yáng, tài yīn.

Le tài yáng est mineur et se manifeste par éternuement et prurit de la gorge.

Le tài yīn est également mineur et se manifeste par des mucosités-yǐn-froid, claires et fluides.

Tout le reste est compatible avec un syndrome Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡汤 (Petite décoction de Radix Bupleuri). Nous avons les signes clés du syndrome du shào yáng avec du froid en bas : extrémités froides, selles molles, fatigue, frissons et chaleur en haut : fièvre, traces de sang dans les mucosités, sensation de brûlure dans le nez, oppression de la poitrine, yeux rouges…

Comment expliquer les palpitations cardiaques et la toux dans un syndrome shào yáng ? Nous devons faire appel au « sage de la médecine » pour expliquer cela. Dans le paragraphe 96 du Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid), il nous ait dit :

伤寒五六日中风,往来寒热,胸胁苦满、嘿嘿不欲饮食、心烦喜呕,或胸中烦而不呕,或渴,或腹中痛,或胁下痞硬,或心下悸、小便不利,或不渴、身有微热,或咳者,小柴胡汤主之

« [Quand] une lésion du froid ou une attaque directe de vent [dure] 5 ou 6 jours, avec alternance de froid et de chaleur (i.e. de fièvre et de frissons), souffrance et plénitude (苦满 kǔ mǎn) de la poitrine et de la région thoracique latérale, on se tait et on ne désire pas boire et manger, dysphorie du cœur, envie de vomir, ou bien dysphorie au centre de la poitrine sans vomissement, ou bien soif, ou bien douleur abdominale, ou bien amas et dureté sous la région thoracique latérale, ou bien palpitations sous le cœur, dysurie, ou bien pas de soif, légère fièvre, ou bien toux, Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡汤 est essentielle ».

Que nous indique ce texte ? Lors d’une attaque de la surface, c’est fréquent que le pervers entre dans le shào yáng au bout de quelques jours. C’est un mécanisme pathologique très fréquent qui est à l’origine de nombreuses pathologies aiguës, subaiguës ou chroniques. Les maladies du tài yáng se transforment souvent en shào yáng ou se combinent avec une maladie du shào yáng. Une fois dans le shào yáng, il y a une lutte entre le qì régulier et le qì pervers. Si le régulier pousse le pervers vers la partie la plus externe du shào yáng, alors les frissons se manifestent. Si le qì régulier pousse le pervers vers la partie la plus interne du shào yáng, alors la fièvre se manifeste. Cela explique l’alternance de fièvre et de frissons. Quand le pervers est dans la poitrine et la région thoracique latérale, il y a douleur et sensation de plénitude dans ces zones. S’il est dans l’estomac, il y a nausée ou vomissement. Si le pervers est dans les intestins, il y a douleur abdominale. S’il est dans le poumon, la toux se manifeste. S’il est dans le cœur, cela engendre des palpitations cardiaques, etc. Ce § 96 démontre la variété des symptômes et des organes qui peuvent être perturbés dans une maladie du shào yáng et qui possèdent finalement le même traitement, ici en l’occurrence Xiǎo Chái Hú Tāng. 

Au final, nous avons prescrit à cette patiente Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡汤 + Jīng Jiè 荆芥 (Herba Schizonepetae Tenuifoliae) + Fáng Fēng 防风 (Radix Saposhnikoviae Divaricatae) + Xì Xīn 细辛 (Herba Asari Cum Radice). Jīng Jiè 荆芥 et Fáng Fēng 防风 libèrent la surface yáng, tandis que Xì Xīn 细辛 (Herba Asari Cum Radice) dissout les mucosités-froid.

Par chance, cette patiente a chez elle Xiǎo Chái Hú Tāng sous forme de plantes séchées. Elle prépare donc une dose de décoction qu’elle prend le soir même. Le lendemain matin, elle explique que la fièvre et les frissons ont disparu, ainsi que la toux, la conjonctivite et que la fatigue a fortement diminué. Le lundi matin après simplement 2 autres prises du même traitement, elle confie aller beaucoup mieux. Elle n’est plus du tout fatiguée, plus de conjonctivite, plus de fièvre, plus d’oppression de la poitrine. Ce qui persiste sont quelques frissons, éternuements et nez qui coule un peu plus que les autres jours ainsi qu’un peu de toux. Cela confirme que le shào yáng a été quasiment éliminé, que le pervers a reculé vers la surface. Le fait que la situation évolue d’un shào yáng vers un tài yáng voire un shào yīn est signe d’amélioration et que la vie de la patiente n’est plus en danger. Le pervers persiste en surface puisqu’elle n’avait finalement pas pris les substances médicinales conseillées dans la prescription initiale.

Exemple n°2

Femme 26 ans. Infirmière en contact non-protégé avec des patients malades en institution. Elle commence à souffrir de céphalées intenses le 20 mars 2020 pendant 4 jours. Une praticienne en médecine chinoise lui fais 2 séances d’acupuncture en 48h qui améliorent nettement ces maux de tête. En parallèle, elle développe une sensation d’être enrhumée avec mal à la gorge. La langue a un enduit blanc peu épais, et aucun autre symptôme par ailleurs.

Devant la persistance du mal de gorge elle prend pendant 2 jours Gān Cǎo 甘草 (Radix Glycyrrhizae) en infusion qui soulage. Cependant, le 26 mars, après 7 jours des premiers symptômes (céphalées), elle déclare l’apparition de douleurs des hypochondres, oppression thoracique, essoufflement à l’effort. En outre, elle a une sensation de chaleur générale avec en même temps une sensation de froid interne, une alternance de sensation de chaleur et de froid. Elle a des épisodes de transpiration importante sans effort, surtout quand elle dort. Les céphalées ont presque totalement disparu mais persiste une douleur des 2 yeux avec sensation de chaleur. Les yeux sont un peu rouges. Persiste aussi une fatigue. Il est à souligner qu’elle est retournée à Paris pour un stage d’infirmière de nuit à l’institut Curie. Ensuite, au 9ème jour, elle présente une diarrhée avec un épisode de vomissement de sang rouge en fin de vomissement. Notons qu’elle n‘a jamais été fébrile seules des sensations de chaleur étaient présentes.

La praticienne lui prescrit au 7ème jour Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡汤 (Petite décoction de Radix Bupleuri) plus Lóng Gǔ 龙骨 (Os Draconis), Mǔ Lì 牡蛎 (Concha Ostreae), Cāng Zhú 苍术 (Rhizoma Atractylodis) et Fú Líng 茯苓 (Sclerotium Poriae Cocos) pendant 4 jours. Au 11ème jour, les symptômes ont presque tous disparus. Persiste seulement une fatigue qui s’ajoute au stress de travailler dans un service de cancérologie où les patients souffrent presque tous du COVID-19. Au 13ème jour, elle éprouve un épisode de vertige avec palpitations. Cependant, elle n'a plus de symptômes digestifs, pas de fièvre, pas de frissons, pas de maux de tête, pas de conjonctivite. Seuls persistent la légère tension aux hypochondres et un peu d'oppression thoracique, à mettre en perspective avec le stress du travail de nuit (première fois pour elle) et le contexte ambiant...

Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡汤 a été choisi car le shào yáng est le syndrome le plus présent : douleur des hypochondres, alternance chaud/froid, yeux chauds et rouges, mal de gorge persistant, oppression thoracique avec gêne respiratoire. Comme il y a aussi de la chaleur du yáng míng avec transpiration pendant le sommeil, sensation de chaleur et vomissement avec hématémèse. C’est pourquoi Lóng Gǔ 龙骨 (Os Draconis) et Mǔ Lì 牡蛎 (Concha Ostreae) ont été ajoutés. Enfin, la présence de diarrhée et de fatigue (bien que cette dernière puisse aussi s’expliquer par un syndrome du shào yáng) sont en lien avec un syndrome du tài yīn. Raison pour laquelle, Cāng Zhú 苍术 (Rhizoma Atractylodis) et Fú Líng 茯苓 (Sclerotium Poriae Cocos) furent ajoutés. En conclusion la patiente souffrait d’une maladie combinée (hé bìng合病) shào yáng, yáng míng, tài yīn.

Cette patiente n’a pas fait de test pour détecter le coronavirus SARS-CoV-2. Cependant, il est très probable qu’elle souffrit du Covid-19 car elle a eu par son métier des contacts non protégés (insuffisamment de masques !!!) avec de nombreux patients infectés. Elle présente un déroulement clinique qui devient maintenant assez connu avec une évolution en 2 temps avec souvent des céphalées d’intensité inhabituelles au départ, et aggravation secondaire autour de J7-8.

Nos constatations cliniques

Après avoir discuté avec plusieurs collègues ayant la même approche diagnostique et thérapeutique, nous faisons les constats suivants :

  • Il faut agir avec force et vitesse dès l’apparition des premiers symptômes. Plus le traitement est précoce moins la symptomatologie est sévère et durable.
  • Si l’atteinte commence presque toujours en surface avec assez souvent des mucosités-yǐn-froid, elle bifurque vite vers le mi-externe/mi-interne ou l’interne.
  • Les patients ayant une « constitution » préalable shào yáng ou jué yīn, déclarent encore plus de chaleur et de sècheresse.
  • Il est nécessaire de suivre presque au jour le jour l’évolution des symptômes car ils changent très vite. Parfois des améliorations font suite à des aggravations. L’idéal et le plus efficace est d’adapter la prescription dès que le patient présente une évolution évidente.
  • Ce suivi rapproché est très compliqué à appliquer compte tenu du fonctionnement du réseau de distribution des substances médicinales. Une réflexion devra être menée après cette crise.
  • Il ne faut pas hésiter à prendre des hauts dosages avec un paquet par jour à répartir en 3 prises (décoctions).
  • Les décoctions se sont avérées plus efficaces que les poudres concentrées.
  • Chez beaucoup de patients, pour éviter les rechutes ou les échecs, il faut traiter plus longtemps que d'habitude, d'une à deux semaines, ce qui est inhabituellement long pour un gǎn mào 感冒. Bien évidemment, nous avons eu aussi des cas qui ont répondus très vite aussi (3 à 5 jours). En outre, il est important de prolonger avec un traitement de stabilisation adapté à la nouvelle situation de 4 semaines supplémentaires. Cette phase est spécialement importante pour éviter le retour des signes obstructifs au niveau pulmonaire surtout chez les patients âgés et/ou souffrant déjà de plusieurs maladies (hypertension, diabète, affection rénale, obésité, etc.).
  • Comme la médecine conventionnelle n’a strictement rien à proposer pour le moment pour les 8 premiers jours d’infection, la pharmacologie chinoise prend toute sa place et devrait être proposée systématiquement aux personnes souffrantes afin de limiter la progression de la maladie et réduire la mortalité.
  • Même si l’hydroxychloroquine et l’azithromycine se révélaient efficaces pour lutter contre le coronavirus SARS-CoV-2, la phytothérapie chinoise pourrait augmenter les chances de guérison et être utilisée comme alternative lorsque sont craints les effets secondaires des médicaments chimiques.

Conclusion : un rappel fondamental

En fait la conclusion est en rapport direct avec le titre de cet article. En médecine chinoise, nous ne traitons pas de maladies, nous soignons des patients chez lesquels se manifestent des pathologies. Chaque organisme, chaque individu répond différemment face à un même facteur pathogène. Il n’est pas correct d’employer un traitement universel et/ou symptomatique. Cela atténue l’efficacité thérapeutique et les chances de guérison. Les Anciens qui nous ont transmis leur savoir à travers le Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) et qui avaient compris la physiopathologie ont sélectionné pour nous des stratégies qui permettent dans une majorité de cas de répondre favorablement aux syndromes grippaux ainsi qu’à de très nombreuses autres maladies. Et pour cela il faut respecter les paradigmes clés de la médecine chinoise.

Un de ses grands principes est le suivant : 因时因地因人制宜 (yīn shí yīn dì dì yīn rén zhì yí) qui peut se traduire par : adapter (le traitement) selon la saison, le lieu et la personne.

Cela signifie qu’un traitement ne doit pas se fonder sur une maladie ET ne doit pas être standard. Un traitement doit être INDIVIDUALISÉ : selon la saison, selon le lieu, selon la constitution de la personne, en filigrane, il faut tenir compte du temps, de l’espace et de l’individu, ou encore, du ciel, de la terre et de l’humain. Plus simplement, vous devez adapter, individualiser le traitement en fonction des manifestations pathologiques individuelles de la personne qui sont influencées par sa constitution, le lieu où elle vit et la saison.

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