Médecine chinoise : divers
20 min de lecture
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Par Philippe Sionneau
Académie Supérieure de Médecine Chinoise
Au sein des Cinq Mouvements (wuxing), le hun est thésaurisé dans le Foie. Zang du printemps, il gère la naissance et le commencement. Il s’agit du commencement de toute chose, du temps notamment. Inversement, si le hun oriente le mouvement du zangshen, il joue un rôle dans l’accession à la cessation du temps, l’état du yuanshen. Les taoïstes disent que le Sang yin doit retourner au Foie pour dormir afin de stabiliser son yang, ce qui équilibre de facto yangqiaomai et yinqiaomai. Toutefois, pour devenir un être céleste, tout le yin du Foie doit disparaître. N’étant plus soumis à la dualité du yin-yang, l’être n’est plus que yang, originel, yuanyang, la polarité unique de yuanshen. Dans le corps, si aucun yin ne retient ou n’enracine l’Esprit, c'est-à-dire s’il est entièrement yang, il peut quitter son enveloppe matérielle pour s’identifier à sa condition Céleste. Attention cependant, le yang du yuanyang, n’est pas celui qui compose le yin-yang. Situé au-delà de la dualité, il est un autre état, originel, où le temps s’arrête et la forme est dissoute. D’autres commentaires pourraient être écrits pour détailler la différence entre le yang associé au yin et le yang du yuanyang qui ne l’est pas. Ils pourraient faire l’objet d’un autre travail.
Feu empereur (junhuo), Vide (xu), Esprit ou Conscience originelle (yuanshen), Ciel antérieur (xiantian), lumière incréée ou intérieure, cessation du temps et dissolution de l’espace équivalentes à l’immobilité de l’Esprit ; ces expressions traduisent la même réalité innée. Elle est seule à l’œuvre pour chapeauter tous les intervalles actifs de l’alchimie interne (neidan). Nous avons exposé quelques rapports au temps dans nos précédents articles. Continuons avec plus de détails avec comme préalable, une précision sémantique. L’Esprit originel est nommé yuanshen. Il est vacuité originelle (yuanxu), au-delà du deux et de l’un, ce dernier étant encore spécifié par rapport à la dualité. Dépendant du qi et de la dualité du yin-yang, la conscience incarnée dans les Cinq Mouvements (wuxing) est l’Esprit viscéral (zangshen). Nous le nommons simplement shen.
L’espace-temps de ce monde est éclairé extérieurement par la lumière solaire. Elle est associée aux courses de la terre autour du soleil et de la lune autour de la terre. Ces trois astres représentent le macrocosme universel auquel est identifié le microcosme corporel, c'est-à-dire la physiologie humaine. Elle configure notre condition incarnée dès la première inspiration du souffle à l’accouchement. Nous pensons même, dès la conception. À la naissance, les « deux yeux » (1) se séparent. Assimilé au qi, le sans-forme (wuxing) du « deuxième œil » (2) et ses gui se cachent dans les profondeurs du corps ; particulièrement dans les Reins ou entre eux au Réchauffeur inférieur (xiajiao). Assimilé au Sang, l’avec-forme (youxing) se manifeste dans le Cœur au Réchauffeur supérieur (shangjiao). Le mouvement continu de la respiration tient en permanence ces deux Réchauffeurs (jiao) séparés (3). Le Souffle conserve donc le rapport de l’apparent/manifesté au caché/refoulé. Tant que l’espace-temps du monde, c'est-à-dire notre physiologie dépendante du mouvement respiratoire, se maintient ainsi, les deux Réchauffeurs (jiao) extrêmes sont éloignés. Conséquemment, les gui restent cachés, inaccessibles à notre conscience apparente. Pour visualiser des gui, c'est-à-dire rendre apparent en haut ce qui est caché en bas, il faut rapprocher ces deux pôles. Il faut donc ralentir le temps. Le travail intérieur basé sur le Souffle aura cette finalité. En effet, ce que le Souffle refoule, il révèle. Ces notions impliquent qu’invisibles, les gui appartiennent au yin caché dans le yang de notre shen apparent. Celés dans le yin, les gui le sont dans les zang. Comme disent les taoïstes : les sens sont pour la vie extérieure, les zang sont pour la vie intérieure. Cette phrase signifie que toute leur physiologie est organisée pour réaliser l’œuvre de neidan. Elle passe par la visualisation du yin caché et s’accompagne de facto par la mort des gui. « Visualisation-mort » sont les deux expressions clés de l’œuvre au rouge qui se réalise dans le shangdantian. À condition bien sûr de prendre la « voie de retour ». Elle chevauche le Souffle, intériorise les sens, oriente le shen vers les zangyin. Pour accéder au yuanshen en cultivant le yangshen, aucun yin de doit être présent. Cette absence signifie que tous les gui doivent être dissous. Cachés dans le yin, ils alourdiraient le shen et le maintiendraient dans le corps. D’ailleurs, les idéogrammes de hun et po contiennent le radical gui ; c’est dire leur inséparabilité.
Ni la pensée (yi) ni les Émotions-Sentiments (qingzhi), parties visibles et conscientes des gui, constamment orientées vers l’extérieur par l’excitation des sens, ne sont capables de réaliser la « voie du retour ». Pour le comprendre, nous avons un raisonnement simple. Il est impossible de compter ses pensées sur un intervalle donné de temps, le Souffle, oui ! Celui-ci se meut donc beaucoup plus lentement que celles-là. Si le Souffle peut ralentir le temps, les pensées en sont bien incapables. Avec le Souffle, nous rentrons à l’intérieur de notre corps. Les pensées nous maintiennent constamment à l’extérieur de notre enveloppe charnelle, même à l’intérieur d’elle.
Le mouvement centrifuge des pensées nous projette à l’extérieur pour organiser notre vie relationnelle yang. Le mouvement centripète du Souffle nous projette à l’intérieur pour révéler le contenu caché dans le yin.
Comprenons de quelle manière.
Le temps s’écoule plus rapidement au pourtour d’un cercle qu’en son centre immobile. Dans le monde apparent, profane dit-on, le Souffle, le qi donc, est constamment orienté vers la périphérie. Son mouvement est centripète. Ce qi est en lien avec les 7 po qui se manifestent dans les 7 Orifices du haut (qishangqiao) en orientant la conscience vers l’extérieur. En effet, qi, Souffle, po, 7 Orifices supérieurs et pur (qing) sont équivalents par leur appartenance à l’ordre du Métal. Déréglés, ils favorisent les désirs, addictions, passions et pulsions excessifs conduisant aux cinq excès (4). Surconsommé par les cinq excès, le qi épuise prématurément le jing, entretient et aggrave l’affaiblissement du shen. Si le Souffle est orienté vers l’intérieur, vers les zangyin, en s’appuyant sur l’immobilité de l’Esprit équivalente à la dissolution de l’espace-temps du Ciel antérieur (yuanshen), le temps se ralentit. Les deux Réchauffeurs supérieur (shangjiao) et inférieur (xiajiao) se rapprochent. Le caché devient apparent et les gui apparaissent. Quand ils sont éliminés, les cinq excès s’amenuisent et le qi se consolide, ce qui protège/renforce le jing et le shen.
L’humain est toujours éclairé quels que soient les intervalles qu’il traverse. Nous en déterminons cinq : l’intervalle fœtal, l’intervalle diurne, l’intervalle nocturne sans rêve, l’intervalle nocturne avec rêve, l’intervalle de la mort. La lumière même détermine le temps, elle est le temps.
Pendant le jour, pour voir - comme pour entendre -, il faut deux sources lumineuses : une intérieure, le yuanshen, et une extérieure, le soleil. Pour cette raison, par exemple, le soleil réchauffe la terre et pas la lune. Ce qui est valable pour le réchauffement, l’est pour l’éclairage. La lumière solaire éclaire le regard du « premier œil » parce qu’il existe une lumière intérieure, celle du « troisième œil » et ce, même si elle est ignorée. Quant au contenu du « deuxième œil », il est refoulé par le Souffle. Le temps qui se déroule ici est déterminé par la révolution de la lune autour de la terre et de celle-ci autour du soleil. Ce temps luni-solaire délimite toute notre psycho-physiologie.
Appeler lumière intérieure celle du « troisième œil » ne préjuge pas de sa demeure à l’intérieur du corps. Hors dualité, nous ne savons pas si cette lumière est dans ou hors de notre enveloppe charnelle. Le terme « intérieur » n’y fait pas référence. Il désigne une dimension que les mots ne peuvent pas cerner, une dimension intérieure extrême au-delà de la dualité dehors-dedans. Elle ne peut être appréhendée ni par la pensée ni par les sens ni par le Souffle ! Celui-ci est uniquement le véhicule qui conduit au « troisième œil ». Parce qu’il permet d’intérioriser les sens et de réduire les pensées, le Souffle sert de lien mobile entre le jing qui uniquement reçoit et le shen qui doit être totalement immobile pour actionner les étapes de neidan. On peut certes rapprocher le yang du yangshen, au-delà du yin-yang incarné, de la lumière intérieure qui n’est ni dedans ni dehors. Où est-elle ? L’acceptation pleine et entière de ce mystère que nous ne pouvons pas percer est la condition même de l’efficacité de neidan. Refuser ce mystère, c'est-à-dire imaginer – les hun - pourvoir le comprendre mentalement – le yi – est le voile qui bloque l’accès à l’intérieur. Le lâcher-prise doit être total, la moindre lutte est l’œuvre des gui.
Les gui ne se meuvent donc pas dans le même espace-temps que celui de notre environnement extérieur « luni-solaire ». C’est normal, n’ayant pas de forme apparente yang, leur temps n’appartient pas au même registre. Appartenant au yin, il est forcément plus lent. Cette lenteur même est corollaire du rapprochement des deux Réchauffeurs inférieur (xiadantian) et supérieur (shangdantian). Voir les gui demande donc à la conscience en cours de travail intérieur de changer son plan temporel.
À l’état fœtal, en face-à-face, le « premier œil » et le « deuxième œil », sont tous deux apparents. Ils sont éclairés par la lumière innée du « troisième œil » : le yuanshen du Ciel antérieur (xiantian). La vision est donc directe, non voilée par les processus mentaux et intellectuels qui vont se construire au cours de l’existence dès la première respiration. Le temps écoulé à l’état fœtal ne peut pas ressembler à celui de l’intervalle de la vie succédant à la naissance. La lumière qui les éclaire n’est pas la même. Selon notre hypothèse, en 9 mois, le fœtus vit sa gravidité avec la même durée que celle qui sépare sa naissance de sa mort. S’il doit vivre 1 jour ou 100 ans, pour lui, la période de sa grossesse sera équivalente. Ne perdons pas de vue que ce temps est imaginaire, établi par les hun. À l’état fœtal, l’intensité du rapport qui se joue entre « les deux yeux » conditionne la façon dont notre shen, associé au « premier œil », se comporte avec nos gui contenus dans le « deuxième œil ». Le shen étant lié au jing qui contient une part d’inné, leur interaction détermine directement comment le jing se conserve ou s’affaibli dans l’intervalle de la vie. Le jing ne sera pas plus affaibli par l’intensité des gui qu’originellement par la faiblesse associée du shen. Son rôle est plus important. Un shen solide se joue de la puissance des gui. Il a toujours le dernier mot : c’est le plus grand espoir de l’humanité. Nous avons suivi des patients exposant d’importants déséquilibres psychiques. Ils présentaient une faiblesse apparente du shen due à des gui visibles sur leurs yeux, sans espoir d’amélioration par les médecines occidentale et chinoise. Leur chemin sur la « voie du retour » a été couronnée de succès. Par une pratique soutenue avec persévérance, ils ont éliminé de puissants gui. Inversement, des personnes exposant une attitude de stabilité ont été incapables de porter le moindre regard sur elles-mêmes. Ces exemples nous font comprendre que l’apparence d’un équilibre/déséquilibre ne préjuge en rien de la possibilité de réussir ou non un chemin de neidan. Le mystère de notre singularité se trouve là. Aucune justification, explication ou commentaire ne peut le cerner.
À la naissance et dans les premiers mois de vie, nous pensons reconnaître un lien entre la non-fermeture des fontanelles, la vision directe par la lumière du yuanshen et la non maîtrise des sphincters du bas. Pour bien comprendre notre point de vue, commençons par l’état adulte. En haut, les fontanelles qui nous relient au Ciel sont fermées. En bas, les sphincters qui nous relient à la Terre sont maitrisés ; ils sont aussi fermés. Les fermetures du haut et du bas bornent la condition incarnée de notre corps. Notre regard est alors tourné vers l’extérieur. Nous voyons avec la lumière solaire qui détermine notre rapport à l’espace-temps. Chez le bébé, dans les quelques mois qui suivent la naissance ; en haut, les fontanelles ne sont pas fermées ; en bas, les sphincters ne sont pas maîtrisés. Le petit d’homme est toujours relié au Ciel. Corollairement et même s’il est incarné, autant n’est-il pas tout à fait raccordé à la Terre. À l’inverse de l’état adulte, le bébé n’est ni fermé en haut ni fermé en bas. S’il est encore relié au Ciel, ses yeux ne sont pas ou totalement pas tournés vers l’extérieur. Ils ne sont donc pas ou entièrement pas excités par la lumière solaire. Ainsi, le bébé voit-il avec une autre lumière, en l’occurrence, celle du yuanshen. En conséquence de quoi, son rapport au temps est forcément différent. De l’intervalle fœtal à l’état adulte, cet « intervalle de bébé » qui dure quelques mois, est intermédiaire entre nos conditions célestes et terrestres accomplies. Il est comme un tremplin qui assure la « voie du retour » engagée par l’immobilité de la conscience. Rappelons qu’elle témoigne de la présence du yuanshen en nous. Ces descriptions ne sont pas éloignées de neidan. Elles nous ramènent directement sur les considérations du Feu empereur (junhuo), le shen déposé dans le Cœur et le Feu ministre (xianghuo), le jing déposé dans les Reins. Jing et shen engagent entièrement le déroulement du travail alchimique interne. Au commencement, le jing se transforme en qi ; à la fin, le shen se transforme en vacuité (xu).
Totalement imaginaires, les descriptions ci-dessus n’en sont pas moins des étapes que chaque cheminant traversera au cours de son voyage intérieur. La manière de les décrire seule est spécifique au langage imagé issu de la culture chinoise. Ces représentations révèlent notre dépendance au hun, par conséquent, notre rapport au temps. Le hun influence la relation au shen en termes « d’aller et venir » et détermine l’importance du po en termes de « rentrée et sortie » du jing (5). Un jing fort, puissant, normalement diminué avec l’âge, « fait rentrer » c'est-à-dire contient le po. Il prévient les excès de sentiments, addictions, passions et pulsions de toutes sortes qui consomment le qi. Contenir le po réduit l’influence du hun - ou l’inverse, qu’importe - et le rapproche du shen. Nul doute que la tempérance protège le jing de son déclin précoce, apaise les hun-po, renforce le qi et fortifie le shen. Il est important de comprendre le rôle du hun dans cette période intermédiaire de l’« intervalle de bébé ».
La nuit, lors du rêve, nous savons que les fréquences cardiaques et respiratoires diminuent. Le temps se ralenti donc, ce qui rapproche les deux Réchauffeurs inférieur (xiadantian) et supérieur (shangdantian). Une partie de ce qui est caché nous est alors révélé. Certes pas directement, mais à travers des symboles qu’il faut découvrir : l’économie du travail intérieur est impossible. Cette proximité est irréalisable sans l’influence de la lumière innée du yuanshen. Elle-même éclaire le rêve alors que dehors il fait nuit, les volets sont fermés, la lumière de notre chambre est éteinte et nos yeux sont clos.
La mort est caractérisée par le déclin du jing. Dans l’intervalle de la mort, le jing de la Rate et des Reins ainsi que leurs shenzang dits Terrestres, le yi et le zhi, disparaissent avec le corps. Subsistent le shen, le hun et le po, c'est-à-dire les trois zangshen dits Célestes. Qu’en est-il du temps, est-il accéléré ou ralenti ? La réponse est difficile. La certitude que nous avons est la suivante : la conscience est en mouvement et vit des épreuves multiples. Si le temps se déroule, l’éclairage est forcément présent. Dans cet intervalle, le seul éclairage possible est celui de la lumière innée du yuanshen. Mais il n’est pas conscient, sinon, nous l’aurions intégré au moment de la mort physique pour clore la « voie du retour ». Lié au hun et au po, le shen en état d’errance contient encore sa part d’ombre. Ce développement fourni un argument supplémentaire pour justifier que l’intervalle post mortem fait bien partie du Ciel postérieur (houtian). Il en sera de même pour le moment qui précède l’incarnation : ils sont les mêmes. Pourquoi avons-nous besoin de voir les intervalles différemment alors qu’ils sont pareils ? Une précision est nécessaire. Nous continuons d’appeler le shen qui parcoure l’intervalle de la mort, zangshen. Or, il n’y a plus de zang. Il faut le comprendre alors dans le sens où ce shen est encore dépendant de la présence de la dualité du hun et du po. Ce shen n’est pas le yuanshen et n’est plus le zangshen. Le nommer exactement est impossible. Acceptons cette impossibilité.
La nuit, dans les intervalles où nous ne rêvons pas, voici notre hypothèse. Le yuanshen, c'est-à-dire la lumière innée se répand dans le corps pour restaurer le shen, le jing et le qi. Cessation du temps, cette lumière n’appartient pas à la mémoire. Elle ne peut être reconnue au réveil. Son expérience en pleine conscience du présent lors du travail alchimique interne (neidan), dans l’intervalle diurne, est seul moyen à notre disposition pour garantir la réalité de sa présence. C’est tout ce que nous pouvons souhaiter de mieux à l’humanité.
Pour résumer les rapports de nos trois lumières avec les intervalles de notre existence, nous pouvons décrire les relations suivantes. Précisons qu’elles n’ont aucune valeur absolue. Elles ne sont que la description de notre propre expérience intérieure. À ce titre, elles peuvent ne pas être valables pour un autre.
- À l’état fœtal, les trois lumières sont en présence consciente. L’œil sensoriel - les deux yeux physiques - du fœtus observe le contenu de l’œil du migmen par l’intermédiaire de la lumière innée du yuanshen. La lumière solaire est inactive. L’état fœtal est l’unique intervalle où les trois lumières sont présentes consciemment. Nous pensons que la force ou la faiblesse du shen dépendra de la mémoire que le futur petit d’homme gardera de son éclairage prénatal. Cette mémoire conditionnera la force, la ténacité vis-à-vis des gui et partant, la pérennité de la conservation du jing. Nous n’hésitons pas à dire que si la lumière du yuanshen sortait de l’utérus, elle obscurcirait le soleil ! La « voie du retour » passe bien par la plongée dans les expériences vécues lors de la période fœtale.
- Dans l’intervalle diurne, l’œil sensoriel est tourné vers l’extérieur. Il est éclairé par la lumière solaire. Le contenu de l’œil du mingmen est dissimulé ; la lumière innée du yuanshen est complètement voilée quand bien même elle permet la vision en association avec la lumière du soleil.
- La nuit, dans le rêve, la lumière solaire est inactive ; l’œil sensoriel est éteint ; le rêve est éclairé par la lumière du yuanshen ; le contenu de l’œil du mingmen est révélé indirectement par l‘intermédiaire d’images et de symboles dont il faut décrypter le sens.
- La nuit, en dehors du rêve, la lumière innée du yuanshen se répand dans le corps ; la lumière solaire est inactive ; l’œil sensoriel est éteint ; le contenu de l’œil du mingmen est complètement effacé par l’intensité de la lumière innée. C’est alors que shen, qi et jing se restaurent. Étant lumière innée, le yuanshen est cessation du temps. S’en souvenir au réveil lors de la réintégration de l’espace-temps devient impossible.
- Dans l’intervalle de la mort, l’œil sensoriel est mort ; la lumière solaire est inactive ; le contenu de l’œil du mingmen est réactivé ; la conscience identifiée à la trilogie shen-hun-po est éclairée par la lumière innée du yuanshen. À l’opposé, dans l’intervalle qui précède la conception, les rapports sont les mêmes. Toutefois, si la trilogie shen-hun-po est autant présente dans l’intervalle de la vie que celui de la mort, son éclairage est différent. Sa perception change donc. Éclairés par la lumière solaire dans l’intervalle de la vie, hun-po et leurs gui sont cachés. Ils se manifestent dans les plans émotionnels et cognitifs plus superficiels. Éclairés par la lumière innée du yuanshen pendant l’intervalle de la mort, hun-po et leurs gui sont visibles directement. On dit alors qu’ils ont été réactivés. Dans l’intervalle de la mort, la conscience est tellement focalisée sur le contenu des hun-po et leurs gui, qu’elle occulte complètement la lumière innée du yuanshen, la source de l’éclairage.
Clôturons ce chapitre pour dire que, quel que soit l’intervalle de conscience que nous traversons, nous voyons toujours. Directement par l’intermédiaire de la lumière innée du yuanshen ou indirectement par celle acquise du soleil, nous sommes constamment éclairés. Nous ne pouvons pas ne pas voir car nous sommes la lumière. Yuanshen, notre conscience originelle en est sa forme innée, celle du Ciel antérieur (xiantian). Elle soutient toute forme de regard et de vision.
(…) Le Xingming guizhi (fasc.1), ouvrage du XVIIe siècle, donne de ces deux termes la définition suivante : « Le Xing est la parcelle lumineuse et chaude de l’Ainsité originelle et primordiale. Le Ming est l’exhalaison du souffle de l’Un, essence suprême du ciel antérieur. » (6)
Enfin, retenons ce qu’enseignent les maîtres soufis. Le monde est éclairé par trois lumières : solaire, mentale et intérieure. Le soleil représente la lumière physique. Le mental est une lumière métaphorique. Elle nous permet d’appréhender par images, symboles, concepts. Comprendre quelque chose est associé à être éclairé, illuminé. Quant à la lumière intérieure, innée, originelle, hors espace-temps, elle n’est ni physique ni métaphorique, ni dedans ni dehors, ni absente ni présente, ni incarnée ni désincarnée.
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NOTES
(1) Pour plus de détails, consulter la première partie.
(2) Pour plus de détails, consulter la première partie.
(3) Pour plus de détails, consulter la deuxième partie.
(4) Les cinq excès font référence aux Cinq Substances (wuqi) de la physiologie chinoise : le Sang (xue) du Foie, l’Esprit (shen) du Cœur, les Liquides organiques (jinye) de la Rate, l’Énergie (qi) du Poumon et l’Essence (jing) des Reins.
(5) Voir Lingshu, 8.
(6) Zhao Bichen. Traité d’Alchimie et de Physiologie taoïste. (Traduction par Catherine Despeux). Paris: Les Deux Océans; 1979. p.13.
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